L'orphelinat de Djuma au Congo (par Simone et Flavien)
“Ba Mindele na beto mene kwisa!” J'entends ces cris à quelques dizaines de mètres de moi. Je demande au père jésuite qui nous accompagne ce que signifie cette phrase: “Nos blancs à nous sont arrivés!”
Quelques secondes plus tard, c'est le bain de foule. Jamais nous n'avons eu d'aussi beaux et chaleureux accueils. Il y a une heure que nous sommes arrivés à l'orphelinat de Djuma, un centre missionnaire en République démocratique du Congo. On a l'impression d'être au milieu de rien, après tous ces kilomètres, en petit avion (avions qui n'ont pas toujours l'air fiable), puis en voiture 4x4 à cause des routes désastreuses et enfin en pirogue à cause du moteur défectueux du bac (véhicule fluvial transporteur de véhicules terrestres).
Mais voilà tout cela c'était il y a deux mois et il s'en est passé des choses. Nos journées sont bien remplies. Nous restons à l'orphelinat. Nous nous occupons des enfants en organisant jeux, sports et bricolages... Des moments qu'ils n'ont pas l'habitude de partager, et pour nous quelle joie de recevoir autant de sourires.
À part l'orphelinat, nous avons rencontré beaucoup de gens qui vivent près du centre missionnaire, mais aussi au village lors d'un séjour en brousse. Nous avons logé et dormi dans la case traditionnelle. Ces congolais vivent vraiment simplement. Comme ils le disent souvent: “Nous n'avons rien, mais nous donnons ce que nous avons.” Je ne veux pas louer la vie de ce peuple. Il faut de tout pour faire un monde, chacun ses défauts et ses qualités, mais vivre pauvrement nous aide à vivre plus fraternellement. Des défauts, par exemple? Leurs mentalités et leurs coutumes rendent la vie difficile à tout le peuple. Je pourrai parler longuement de la dote pour le mariage, des sorciers, des guérisseurs et des féticheurs.
Mais revenons à l'orphelinat et au centre missionnaire de Djuma, un centre missionnaire entre brousses et forêts équatoriales avec son orphelinat, son hôpital, ses écoles, son centre nutritionnel, son église et ses couvents. Construire un orphelinat c'est bien, mais à quoi bon élever ces enfants pour qu'en partant de l'orphelinat ils deviennent des vagabonds. Construire un hôpital c'est bien, mais comment soigner les gens quand le personnel est quasi inexistant ou bien peu formé. Construire une école c'est bien, mais comment éduquer des enfants quand les professeurs ne veulent plus travailler à cause d'un salaire dérisoire qui ne permet pas de vivre et qui arrive souvent avec des mois de retard. Tout cela c'est le résultat d'une décennie de guerres civiles, de trente ans de dictature, d'une indépendance trop brusque et d'une colonisation.
Voilà, nous avons passé deux mois à Djuma. Maintenant nous nous reposons quelques jours a Kikwit avant de repartir pour une autre mission, Tumikia, dont vous aurez certainement des nouvelles dans quelques semaines.
À propos, je viens de finir d'écrire cette lettre et il est 9h et nous sommes un samedi matin. Dommage, il n'y a pas de déjeune-prière en RDC.
Lettre numéro 1: Djuma
Lettre numéro 2: Tumikia et Kikwit
Lettre numéro 3: Mosango et Kinshasa