Lettre VII (10 février 1999)
Vétroz le 10 février 1 neuf neuf neuf,
Lettre sur
la prière...
à une poignée de fidèles du samedi...
Les amis, ne nous relâchons pas, le Jubilé est une montée. N'y allons pas à plat. Nous nous reposerons plus tard, peut être au home, (quoi que, là encore, c'est un monastère vivant!!). Que le déjeuner-prière redouble de bénédiction et de ferveur, que pour une fois ce soit de la foudre de la terre jusqu'au Ciel, gage d'une bonne averse... Ne nous relâchons pas, pas de fuite ni de désertion: que la présence des “déjeunistes” amoureux de Dieu (que ce soit au sein du Choeur des jeunes de Vétroz ou au groupe des jeunes d'Ardon, au sein de l'équipe de base des 24 heures, au sein des Jeunes de Lourdes, du groupe aumônerie du collège, et ailleurs encore dans tous les lieux de soif!) soit une présence affirmée, audacieuse, nourrissante et... fantastique!
C'est curieux... c'est curieux, souvent j'hésite à demander plus aux enfants, aux servants de messe, aux adultes, aux aînés, à la paroisse en général... mais je n'hésite pas à demander plus aux jeunes... Timothée était jeune quand Paul lui écrivait: “Je te rappelle que tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu quand je t'ai imposé les mains. Car ce n'est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un Esprit de force, d'amour, de raison. N'aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur...”
Que faisons-nous de ce capital Force-Amour-Raison? Récemment, ce chant m'est allé droit au cœur: “Ton amour m'est consacré, ta Puissance m'est assurée...” Cela rien que parce que Dieu a versé son sang pour moi... et moi? Quelle mollesse me tient, quelle tiédeur me tend ses filets... “Aussitôt, quittant leur filets...” qu'est-ce que je dois quitter encore? Qui ose nous atiédir? L'esprit du Malin, où grignote-t-il du terrain dans ma vie, dans mon groupe? Au pied de ta croix, Jésus, je suis encore loin d'être “sang pour Sang” comme l'on fait les martyrs... je suis encore minus à côté, mais... tu vas voir ce prochain carême!!
Vous le savez, comme prêtre, je suis triste de tant de suicides de jeunes, car l'Église n'a probablement pas su les enfanter à temps à la Vraie Vie. Je commence à être sceptique sur l'attente exagérée du 31 décembre, saurons-nous attendre le premier janvier plus que le 31? Je trouve lamentable d'organiser un voyage de classe du jeudi au samedi saint et de dormir le dimanche matin de Pâques, je pleure quand je vois arriver chez nous la déchéance des problèmes de lycée et de banlieue en France... Même si ces signes ont toujours existé, ils deviennent plus flagrants, ils impressionnent plus qu'avant, car ils sont signes d'une gangraine réelle... Bon sang, gangraine? quelle greffe apporter? Je connais un donneur qui attend depuis 2000 ans!!
Ne nous relâchons pas, montons (ce n'est pas écrit mouton!) Nos parents nous ont fait du bien en priant, des malades offrent leur souffrances pour nous, des monastères prient pour les jeunes, nous sommes leurs fruits; à notre tour, prions, célébrons, veillons, chantons pour le Seigneur. Et Dieu remettra à la verticale des jeunes (ceux qu'il voudra quand il voudra) grâce à nos laudes et au reste bien-sûr “car Dieu voit ce que tu fais dans le secret”. Oui, nous savons que notre prière touche le cœur de Dieu. Il s'est servi des 24 heures, du 1er janvier, il se sert de nous... vas-y Seigneur, gêne-toi pas!
Je vous invite chacune et chacun des plus fidèles du samedi à rassembler nos braises pour mettre le feu. “Je suis venu porter le feu au cœur du monde, comme je voudrais déjà qu'il soit déjà tout embrasé...” On a longtemps médité sur cette phrase qui ne ressemble à nulle autre dans l'Évangile, dite comme une émotion, une impatience. Dire que Jésus, pourtant tout puissant, compte sur nous, pour la contagion du Feu... Oh la belle vocation, pompier à l'envers!
Je propose durant le carême, dès le samedi 20 février: 15 minutes d'oraison silencieuse avant les laudes et le déjeuner... Ce pourrait être notre effort communautaire de carême; ce temps ne sera pas de l'ordre du quantitatif, un quart d'heure de plus, mais qualitatif, c'est-à-dire pour ancrer ce temps de prière dans la volonté de Dieu, davantage.