Lettre VI (2 septembre 1998)
Salut!
Je viens encore me glisser dans ton courrier au milieu ou à la fin de ta journée. J'espère que ça s'est bien passé? Bon, maintenant, attrape cette autre salutation:
Salut Fils de Dieu!
Ou fille de Dieu... Là, ça change tout: je te regarde avec ton âme, je la devine, je m'émerveille sur toi et je me demande: mais qui est l'auteur? quelle est l'origine, quelle fabrique t'a produit? As-tu pensé que Dieu ton fabricant t'a donné un mode d'emploi pour ton bonheur? Quand ton mixer ne va plus, tu vas chez Fust, quand ta voiture disjoncte, tu vas au garage, alors quand ton cœur fait du surplace, quand ton âme a du vague à... l'âme justement, quand ta vie, le fait d'être vivant n'est plus ton moteur principal, à qui t'adresses-tu?
Dieu n'a de passion que notre bonheur... c'est son job, ses loisirs, sa principale activité de famille... Du plein temps... Tu dis volontiers au bistrot: “Je cherche, je crois un peu, je doute, mais je cherche... Toi, qui cherches Dieu, tu le trouveras, lui qui cherche aussi cet instant de joie, il te surprendra comme un vieil ami, il te trouvera...
À celles et ceux qui ont déjà goûté à la saveur d'un déjeuner après avoir prié, puissent-ils persévérer. Depuis janvier 97, depuis un an et demi, Dieu se donne de la peine, il se mouille, il se bat pour maintenir cette place que tu lui offres, pour qu'à ton tour tu puisses aimer selon Lui, décider selon Lui, fêter selon Lui... Réalise un peu combien Dieu a été fidèle... Un Monseigneur quelque part en France disait dernièrement: “Comme Marie, on sait à qui on dit oui, mais on ne sait pas à quoi on dit oui!” Et je me suis dit: de samedi en samedi, je sais à qui je dis oui en me levant pour prier, mais je ne sais pas à quoi je dis oui... je suis peut-être en train de dire oui du coup à plein de choses que Dieu génial veut transformer en moi... La chenille devient papillon... le tournesol retrouve l'attirance du soleil... tout ce temps, tout ce travail de Dieu et je ne m'en rendais pas compte...
Si tu reçois cette lettre pour la première fois, sache que tous les samedis, nous prions (des fois à 7 des fois à 14 jeunes) pour, au nom, avec tous les jeunes de chez nous qui cherchent Dieu. Cela se passe le samedi, un jour pas comme les autres pour beaucoup de jeunes; cela se passe à 9 heures, juste pour se fixer un effort: la prière c'est dur! Y a pas d'automat, pas de distributeur... 25' pour prier, méditer et respirer Dieu entre jeunes et 25' pour déjeuner en espace convivial. C'est tous les samedis de l'année non-stop! C'est au premier étage du Prieuré à Vétroz. Tu viens quand tu veux si tu veux. C'est bien d'être fidèle.
C'est tout ça que nous faisons le sam'di!
La prière pour répondre à notre aspiration la plus profonde: une soif immense du Bien et de la Vérité. Prier, que la créature puisse jubiler, que notre âme puisse s'entretenir avec son Créateur, car tel est son mode d'emploi.
Le déjeuner parce qu'à la cuisine du prieuré c'est marqué: “espace convivial”. Le déjeuner comme dans les grandes familles, à 15, parfois à 20 jeunes. Et tu me passes le beurre...
L'humour, ne serait-ce qu'avec une machine à café qui ne marche que quand elle veut comme elle veut; ne serait-ce qu'avec les exploits les plus corriaces de la semaine écoulée racontés entre deux croissants. Et je rigole pas...
Le partage car chacun peut partager une prière, un merci, un prénom, une demande que tous vont porter ensuite dans leur cœur. Et que dire du partage du Nutella et des croissants, chacun y apporte quelque chose: une auberge espagnole, ne cherchez pas plus loin!
Le témoignage. Un garde du pape nous témoigne de la vie au Vatican, croiser “son pape” dans son ascenseur... cocasse... Une fille qui part plus d'un an au Salvador et qui dit son émotion et sa confiance en Dieu...
C'est tout cela un déjeuner-prière... un carrefour où l'on s'arrête, en forme de croix, un rond-point dont on ne sort que par le haut...
Comprenne qui viendra.