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Eclats de lumière - Jesus'Town 2005 (par François-Xavier Amherdt)

Article Pastorale Jeunesse
“Evanjile Attitude”

Quelques éclats de lumière du Festival “Jesus'Town” de Vétroz, à Pâques 2005

Site Jesus'Town Photos édition 2005

“N'oubliez pas que cette nuit, nous passons à l'heure d'été. Ou plutôt, à l'heure d'aimer!” C'est ainsi que le curé de Vétroz (en Valais, Suisse) a conclu la superbe célébration de la Veillée pascale, samedi 26 mars dernier, au cœur du “Festival Jesus'Town” qui a réuni plusieurs centaines de jeunes du Valais et de Suisse Romande autour du Christ Ressuscité.

Quelques réflexions sur cette démarche, qui peut inspirer d'autres régions ou animateurs, et qui reflète bien certaines tendances actuelles dans la pastorale des jeunes, en francophonie.

L'effet durable “JMJ-DJP”
Pour qu'un tel Festival puisse avoir lieu — c'était déjà sa huitième édition, il s'intitulait au départ, en 1998, Les 24h pour Jésus — il faut avant tout pouvoir s'appuyer sur une solide équipe de collaborateurs. “50 bénévoles en tout, dont un Comité de jeunes fous” me disait le prêtre du lieu, l'initiateur de la démarche.

D'où proviennent-ils? Comment un tel groupe s'est-il constitué? C'est sans doute l'un des beaux fruits, dans la durée, des Journées Mondiales de la Jeunesse, dont beaucoup stigmatisent l'effet “feu de paille”: grâce aux Journées romandes et suisses — la dernière en date, en juin 2004, lors de la visite du souverain Pontife à Berne — et surtout à l'initiative “Des jeunes qui prient = Déjeune qui prie”, rassemblant une pléiade de groupes à travers le Diocèse de Sion.

Le système en est très simple: les jeunes se retrouvent chaque samedi matin, même durant le temps de vacances — la régularité s'avère primordiale — en principe dans une cure ou une chapelle, pour prier les laudes, selon l'Office de l'Eglise légèrement adapté et retouché, et partager ensuite le petit-déjeuner-échange. Ça commence à 9 heures pour finir, bien souvent, à 11 heures... Avec la présence d'un membre de l'équipe pastorale locale, assurant une certaine continuité, la responsabilité et la pub (de bouche à oreille) restant l'apanage des jeunes eux-mêmes. Un journal et un site relient tous les “DJP”, et le temps fort du Samedi Saint constitue comme leur rendez-vous de “retrouvailles” annuelles. Beaucoup de ces jeunes chantent dans des chœurs, à vocation paroissiale et liturgique, et se retrouvent embarqués par l'organisation de la “Jésus'City”.

Le “feu sacré”
Le nombre ne suffit cependant pas, il y faut la foi. Ce qui frappe, ce sont les convictions inébranlables, indéracinables, de ces organisateurs “enthousiastes” (littéralement “remplis de Dieu”), prêts à s'investir une année durant pour... 24 heures. “Quand il s'agit du Seigneur, je suis toujours partant” me disait l'un d'eux.

Prêts à dire ouvertement leur foi, pour inviter leurs copains — le jour même par SMS — arborant des T-shirts “I belong to Jesus”, sans appartenir pour autant à une Eglise Evangélique libre. Prêts à vivre avec leur ami(e) un amour vrai qui attend, pour signifier par le don total de leur corps l'attachement matrimonial de leur cœur. Prêts à passer des heures en adoration devant le Saint-Sacrement, flamme brûlante de la présence christique, à recevoir le sacrement du pardon régulièrement (“C'est génial, après coup”), à offrir une ou deux années sabbatiques de leur existence, avec l'œuvre Points-Cœur, dans les bidonvilles des mégapoles à travers le monde, ou avec la Communauté des Béatitudes au Kazakstan, pour y construire des chapelles et y relever les communautés chrétiennes, ou encore avec les Gardes Pontificaux à Rome.

Un tel enthousiasme rayonne: “C'est cool quand on croise comme ça autant de jeunes qui n'ont pas peur de croire à Donf!”. Contagion de la foi brûlante, braises allumées lors du défi nocturne, à 1h30 du matin de Pâques, au Christ “lumière intérieure”. Les jeunes attirent les jeunes, la foule attire la foule, lorsque le Christ est au centre — tout convergeait vers la Veillée pascale et le Christ-Hostie était exposé en permanence dans la crypte sise au cœur de l'espace.

Fun, formation, foi
Pour qu'une telle démarche rassemble, il faut du fun et de la foi. De la communication, d'abord, à coup de papillons papier glacé, avec un langage “branché” en français “relooké” (“Gastro Park” par-ci, pour désigner les stands repas, “Jesus'Awards” par-là, pour inviter à la soirée évangélique, style remise des Oscars). Cela fait un peu “raccoleur”, il faut l'avouer, avec même quelques dessins “coups de poing” trash un tantinet douteux et des slogans que les télévangélistes américains ne renieraient pas (“Night-Rosaire”, “Tag et BD”). Est-ce incontournable? Cela risque peut-être de réfréner l'ardeur de quelques-uns, soucieux de ne pas se faire raccoler.

Autre point d'interrogation: le côté “défi spectaculaire” — en 2003: Mille bougies pour la paix, en 2004: 225 personnes pour un portrait géant de “Mère Teresa”, cette année: 35 drapeaux avec des représentants d'autant de pays européens, pour transformer Vétroz en “un gigantesque Village Europe”.

Faut-il passer par là? Tout ne fonctionne-t-il pas pour les jeunes à force “d'events”? On en fait pour tant d'autres manifestations profanes! Pourquoi des jeunes ne mettraient-ils pas leur imagination, leur créativité et leurs compétences au service de défis évangéliques? La Bonne Nouvelle ne constitue-t-elle pas le premier “challenge”?

Heureusement en tous cas que cette dimension “show” s'articule à tout le reste, comme un des maillons de la chaîne, et que les mêmes jeunes qui se passionnent pour ce genre de coups d'éclats spectaculaires et médiatiques se retrouvent ensuite pour une heure de prière-pont avec le Kazakstan, pour un temps d'enseignement sur la Résurrection et un forum sur la violence “Tu ne tueras pas”.

Le fun et la foi: c'est la vie. Du fun, avec des feux d'artifice, un karaoké géant, des tags sur le mur le long de la cure, une expo de Bandes Dessinées chrétiennes, une tombola, un concours. De la foi, en veux-tu en voilà, avec un “match théologique” sur la vie éternelle, sous mode de ping pong catéchétique, les laudes tout au début et le chapelet tout à la fin des 24 heures, l'animation de la Vigile pascale, avec la Chorale du Festival entonnant l'hymne composée pour la circonstance.

L'Evangile dans la vie
Coup de génie de la “Jesus'Town”: une réplique de la cérémonie de remise des Césars, avec non pas des vedettes, mais des jeunes, comme les autres, qui essaient de vivre l'Evangile au quotidien: 7 témoignages, filmés au préalable, diffusés puis commentés en direct par les personnes concernées, pour montrer que la foi se vit au cœur du monde, tel le levain dans la pâte ou le sel de la terre. Pas uniquement à travers des “exercices spirituels”, qui paraissent “bondieusards” à certains, mais dans l'existence de tous les jours:

Dans l'ouverture “catholique”
Autre avantage des défis, dont je mentionnais précédemment l'aspect un peu tonitruant: ils ouvrent les jeunes d'ici au-delà d'eux-mêmes et de leurs petites préoccupations locales aux dimensions de l'Europe — qu'elle plonge ses racines dans la foi chrétienne! — de l'Eglise — dans une belle vénération pour le Saint Père, “représenté” à Vétroz par quatre anciens gardes Suisses en grande tenue — et du monde.

Une ouverture catholique, au sens étymologique d'universelle, portée par un sens intense de la communion des saints: le Festival était “sponsorisé spirituellement” par le Carmel de Pâquier et placé sous le “haut-patronnage” du Bienheureux valaisan Maurice Tornay, martyrisé au Tibet. Une Jesus'Town 2005, aux dimensions européennes et mondiales!

François-Xavier Amherdt
Enseignant à la
Chaire de Pastorale de
la Faculté de théologie,
Université de Fribourg

Voir aussi: Photos de l'édition 2004 Photos de l'édition 2003

 

Distribué par Déjeune qui Prie, Vétroz, Suisse.

web: www.djp.ch email: info@djp.ch