Un pape ouvert à la mystique (par l'abbé Vincent)
Un pape ouvert à la mystique... alors, que notre mystique soit ouverte au pape!
Quel pape a été Jean-Paul II?
Moderne, mais indépendant des modes
Trouvez-moi une “figure religieuse” plus complète et plus contemporaine que notre Saint-Père bien-aimé? Jean-Paul II est le leader religieux qui a été le plus intéressé et le plus motivé par la modernité, sans pour autant se laisser asservir par elle, sans tomber dans le paraître, se laisser dominer par la culture de l'image. (D'ailleurs, s'il s'est laissé filmer jusqu'au bout, c'est pour protéger la curie, car dès que les médias n'ont pas accès à quelque chose, ils y voient un complot.) Il est resté indépendant et “lui-même” en toute occasion. Bravo!
Gouverner, enseigner, sanctifier... le bâton de pèlerin à la main
Les trois missions de l'Evêque, et a fortiori du pape, ils les a remplies avec une énergie débordante. Il a gouverné, c'est-à-dire qu'il a présidé à la cohésion de l'Eglise, sachant susciter le Synode des évêques sur les questions opportunes, sachant se réserver les autres questions, motivant le travail de la curie.
Il a enseigné: avec un style slave bien personnel, contrastant avec le style de Pie XII et Paul VI, il a abordé absolument tous les champs de la théologie, de la pastorale, de la spiritualité, avec pas mal d'incursions philosophiques et scientifiques. Les ponts jetés par ses enseignements sont multiples, avec sans doute au centre, son admiration du mystère de la personne. Dans cette admiration, il a puisé la force de toujours se battre pour le respect de la vie humaine et pour que chacun apprenne à être artisan de paix.
Il a sanctifié: on l'a assez dit, c'est lui qui a béatifié, canonisé, célébré tout ce qu'il pouvait, inventant outre les années saintes prévisibles, des années du Rosaire, de l'Eucharistie à la sauce des mystères lumineux.
Tout cela s'est vécu dans une dynamique missionnaire, visitant les pays, et suscitant les vocations par ses voyages: il est venu jusqu'à nous, pour que nous allions... jusqu'au cœur de notre conscience, écouter la voix de Dieu! Voilà le meilleur pèlerinage que nous pouvons faire!
Un pape attentif à la mystique
Jean-Paul II, homme de prière avant tout, était depuis longtemps attentif à ce que l'Esprit Saint suscitait à notre époque, car les prophètes, comme promis dans les Ecritures, ne manquent pas. Les faux prophètes non plus, d'ailleurs! Son discernement s'est affiné bien vite, par la pratique assidue des dévotions traditionnelles et pour toujours à privilégier: adoration, chapelet. Son discernement s'est formé par ses lectures des saints du Carmel. Et ce qui s'est passé au XIIIème siècle pour la petite voyante de Liège en Belgique s'est reproduit au XXème: à l'époque, l'Esprit Saint avait choisi comme pape celui qui connaissait déjà la dévotion au Saint-Sacrement pour promouvoir la fête du Corpus Christi. De nos jours, Dieu va “pêcher” le premier pape polonais pour nous donner cette fête de la Divine Miséricorde, car nul autre que lui pouvait s'intéresser à la petite Faustine, pourtant condamnée par le St-Office.
La Miséricorde est d'ailleurs un des fils conducteurs de tout son pontificat, avec la publication de sa deuxième encyclique (Dives in Misericordia, Dieu riche en miséricorde, 1980), les nombreuses indulgences obtenables (comme celle, spéciale, de cette année de l'Eucharistie), que l'on gagne à offrir chaque jour pour les âmes du purgatoire. Pour autant, la Miséricorde n'est jamais la dilution de la Vérité, et pour pouvoir bénéficier de l'indulgence, il faut d'abord être pleinement réconcilié, ceci est vrai en tout domaine. La miséricorde ne va jamais sans notre coopération, et c'est même en cela que réside le sommet de la miséricorde: par notre coopération, Dieu peut faire des merveilles! N'oublions pas que la dévotion à la Miséricorde, chez Ste Faustine, s'est tout d'abord développée par compassion au chevet des malades et des agonisants... une pratique à transposer devant la fièvre de notre génération aliénée.
Une mystique prudente et patiente
Sûr des lumières qu'il recevait, et de la doctrine de tous ses prédécesseurs, surtout des papes depuis Léon XIII, il est pourtant resté exceptionnellement patient et discret lorsqu'il jugeait le terrain pas encore assez mûr. Un de ses projets les plus chers aurait été de proclamer dogmatiquement que Marie est vraiment médiatrice de toutes grâces. La chose, objectivement, ne fait aucun doute, tant les papes et le concile Vatican II ont interprété l'Ecriture en ce sens. Suite à certaines oppositions, il a laissé au Magistère de l'avenir le soin de gérer cette proclamation, ce qui nous montre qu'il savait beaucoup plus écouter et patienter que bien des personnes ayant fait le serment de l'écouter...
Le fait qu'il soit passé de ce monde au Père le soir même où l'Eglise, selon sa propre décision 5 ans plus tôt, célébrait le dimanche de la Divine Miséricorde nous laisse dans la confiance la plus totale: Dieu accompagne Son Peuple, car Dieu guide le Berger qu'il lui a donné.
S'il te plaît, Jésus, donne-nous encore ton Vicaire, envoie-nous à nouveau un saint Pape!