Temps mort? (par l'abbé Willy)
Le temps, ce sont mes activités, mes rendez-vous, mes projets que j'enchaîne sans interruption et que j'oriente vers un avenir sensé. Le temps, son temps, il faut l'aimer et le marquer de sa présence, sans vains regrets et sans remords, malgré les vicissitudes de la vie.
Cependant, nul, même une machine, ne peut vivre dans le temps, sans s'épuiser. Quand le temps se vide de son sens, de son relief et de sa saveur, c'est que notre esprit et avec lui notre regard s'est usé. À temps, il faut laisser le temps s'envoler tout seul, sans nous, vider le temps de notre présence, accepter de perdre le temps si on ne veut pas que celui-ci nous perde: cela s'appelle interruption de ressourcement.
Pour nous chrétiens, le temps appartient à Dieu qui donne tout son rythme et il est vrai que le temps de Dieu est fascinant au point qu'il “arrête le temps”, comme lorsque l'on est absorbé par la vision d'une belle fleur ou d'un événement captivant. Mais c'est une suspension salutaire qui réintroduit dans notre temps une vue nouvelle de la vie puisée à la source même de la Vie.
Une seconde! une minute! une heure! une journée! quarante jours! qu'importe! Ce “temps mort” est toujours plus actif que l'activisme de nos loisirs quotidiens; il fait de nos espérances mais aussi de nos peurs et dépressions un support de notre paix, une rampe de lancement de notre avenir: “si quelqu'un veut venir à ma suite...”
Ce “temps mort” est même plus dense que celui de nos rendez-vous, car loin de nous éloigner de nos relations, il les alimente en remettant en place sa nourriture que l'usure du temps fait dérailler: l'amour.
Que “ce temps mort” ne soit pas un simple rappel des réalités qu'on oublierait si vite une fois que retentit le sifflet de la reprise du train de vie normal. Nous le voulons plutôt UN APPEL, à une permanente proximité avec notre Dieu toute notre vie.
Vicaire au Sacré-Cœur, Sion