L'apprentissage continue (2/4) (par Aline)
Chers amis, chère famille,
Après quelques jours de questionnements et de doutes sur mon utilité ici, me voilà à nouveau prête à tout affronter, à tout accueillir et à vivre de nouvelles aventures. Utilité. Qui ne désire pas être utile? Pour tout dire, je m'attendais à ne pas pouvoir faire grand-chose en trois mois, mais accepter son impuissance est plus difficile... Je m'attendais à apprendre des choses, à recevoir beaucoup, mais apprendre à se connaître vraiment et découvrir des parties inexplorées de soi-même est plus difficile... En un mois et demi (la moitié de mon séjour à Santa Fe), j'ai donc bien plus appris sur moi-même qu'en vingt ans. Je commence plus ou moins à comprendre le sens de ce mot: utilité... Je ne vais pas vous faire part de mes réflexions là-dessus, car c'est à chacun de donner un sens personnel à ce mot, selon la condition, les moyens et les ambitions de chacun...
Pour moi, c'est en prison que je dois chercher à être “utile”. Au départ, ma relation avec nos frères privés de liberté se devait d'être d'égal à égal, mais plus j'y vais et plus je me rends compte de mon ignorance. Je leur offre ma pauvre présence et ils me donnent toutes les années de leur vie, leur histoire, leurs réflexions, tout le temps qu'ils ont passé à méditer derrière les barreaux... À Coronda, je parle avec Cristian qui va sortir en août... Ça fait trois ans qu'il est privé de sa liberté. Quand il parle de sa sortie, ses yeux pétillent. Mais surtout, il sait que ces trois ans lui ont été bénéfiques et qu'il en avait besoin pour changer sa vie... Je rencontre aussi un jeune dont je ne me souviens malheureusement plus du nom. Il me confie qu'il est triste, malheureux, mais que nous lui donnons l'envie de parler d'autre chose, de “s'évader”.
Je ne suis pas confrontée à la violence des prisons, mais, pour avoir entendu des histoires sordides, je suis contente de pouvoir apporter un brin de lumière dans ces couloirs obscurs... Jamais je ne pourrai vous raconter des choses terribles sur mes aventures en prison... Désolée. Je ne garderai que le bon, le beau, la lumière... Sans oublier que le blé grandit au milieu de l'ivraie et que dans notre monde, rien n'est tout blanc ou tout noir... Nos frères privés de liberté n'incarnent pas le mal absolu et n'oublions pas que nous sommes tous un peu comme eux...
Que Dieu vous protège tous!
PS: si vous avez un moment, priez pour la Paix!!!
Juillet 2004: un groupe de jeunes Suisses débarque à Santa Fe (Argentine), chez le Père Gabriel Carron. Une histoire d'amitié racontée sur le site argentina2004.ch.
Voir aussi:
Lettre numéro 1
Lettre numéro 2
Lettre numéro 3
Lettre numéro 4