Communion Déjeune qui Prie
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Alex nous écrit d'Équateur (4)

Point-Cœur Jeronimo Emiliano

Guayaquil, Équateur, 12/04/02

“Frères, ne pleurez pas comme ceux qui n'ont pas d'espérance. Frères ne pleurez pas comme ceux qui n'ont pas la foi...”
“Christ est ressuscité! Alléluia!”

Chers parrains,

Je commencerai cette lettre par la fête de Pâques. Par te partager la Résurrection de Jésus dans notre communauté, notre quartier.

Comment je rencontre cette vie nouvelle?

Le Triduum Pascal fut bien particulier, bien loin de mes attentes (eh oui, à nouveau). La foi, ici, se vit de manière très tactile. Les gens ont besoin de toucher, de bouger, d'avoir une représentation imagée.

Nous avons donc marché en procession pour le dimanche des Rameaux, à nouveau marché pour le chemin de croix (en fait, pas moi car j'étais malade...) durant deux ou trois heures. Tout ceci est loin d'être mal en soi, mais ce qui m'a marqué, c'est la position que ce genre de vénération a ici. En vérité, le sacrement ne vient qu'après tous ces gestes, nous rappelant la vie de Jésus et je trouve ça bien dommage, d'autant plus que cerrtains prêtres et religieux entretiennent eux-mêmes cette manière de procéder. Par exemple, le vendredi saint, durant la célébration eucharistique, il y a la récréation de la Sainte Croix. L'église de la Sagrada Familia (sainte famille) était bondée, tous se sont levés pour baiser ou toucher la croix, mais très peu se sont levés pour communier au corps de Jésus.

L'église équatorienne souffre beaucoup de cette expression de la foi, plus apparentée à des pensées et gestes superstitieux. De plus, le pas de la vérité demandé pour accéder aux sacrements est exigeant. Pour toucher une croix, pas besoin de se confesser, pas besoin de regarder sa vie pour rencontrer tel ou tel acte qui mérite miséricorde.

Le diocèse a mis en place tout un programme de formation au baptême, à la communion, confirmation et mariage mais qui, pour certains de ces sacrements, exige deux ans de formation pour les parents et enfants. Ce programme est difficile à réaliser car, dans certaines paroisses, en payant 10 dollars, tu te fais baptiser, marier... et cela tout de suite

Édouard me racontait le baptême d'un de nos amis. Il y avait cent vingt enfants présents pour recevoir le baptême en même temps, sans formation...

Mais le désir spirituel, le désir d'une véritable rencontre, d'une relation avec le Seigneur est plus que présent. Je l'ai constaté lors de notre dernière soirée d'adoration, juste ce samedi après Pâques. Cela a été pour moi une de ces rencontres avec la présence du ressuscité. Nous attendions une dizaine de personnes, comme à l'habitude. En fait, ce sont plus de vingt-cinq personnes qui vinrent à la maison, la salle commence à être trop petite pour accueillir autant de personnes à la fois. Ce désir de rencontre et d'amour, je le vis aussi par la présence des enfants.

Chaque jour, c'est un nouveau visage qui vient découvrir la maison où résident, en premier, Jésus et Marie, et ensuite ces étranges missionnaires. En l'espace de deux semaines, le nombre d'enfants est passé de cinq ou six à presque vingt-cinq. C'est te dire qu'à la fin de la journée, ouf(!) le repos est bienvenu. Toutes ces petites frimousses se réjouissent de bien peu. Je pense à la journée d'hier, nous avons dessiné, puis joué aux chats et aux chiens (les derniers devant manger les premiers). Comme l'excitation parvenait à son comble, je leur ai proposé de jouer à celui qui dort le premier: jeu très simple, tous se couchent et tentent de dormir avant l'autre... Durant le jeu, petit à petit, ils ont commencé à se lever en silence. Tamara et Cathy, les deux plus grandes, ont tiré les rideaux, Cathy s'est chargée de me chanter une berceuse et de me tenir les yeux fermés. Tamara et les autres ont remisé les legos, la salle, balayé, etc. Quant tout était fini, ils m'ont réveillé. Ah, tout était propre, remisé... Ils sont remplis d'attentions et de gestes d'amour.

La communauté
C'est peut-être là, ou plutôt par elle que j'expérimente le plus la joie de la Pâques, du passage de la terre d'Égypte à Israël.

Imagine toi vivre jour et nuit avec des personnes que tu ne connais ni d'Ève ni d'Adam... Des personnes que tu n'as pas choisies. Des cultures, caractères et tout le reste complètement différents... C'est ce dont j'avais le plus peur avant mon départ, c'est ce qui m'élève le plus maintenant. Le changement intérieur qui s'est opéré est surprenant. Je devrais dire la libération intérieure. C'est pas une vie rose et facile, d'ailleurs ce concept de la vie je n'y crois plus et si quelqu'un me dit qu'il existe, je lui réponds qu'il ne vit pas dans la vérité, mais dans un rêve.

Je fais surtout l'exploration de moi-même, d'Alexandre. Par la relation avec Édouard, Myriam, Vanessa, je découvre mes limites, les dons reçus; c'est passionnant. J'apprends aussi beaucoup du respect, de l'écoute, de la patience. Le fait de ne pas avoir choisi les personnes avec qui je vis, m'ouvre au sens du don et de l'amour. Je me suis parfois rapproché de personnes, me faisant ami avec elles, parce que je voulais être valorisé ou apprécié pour telle particularité et surtout pour ne pas trop être dérangé, remis en question dans ma manière de fonctionner. On choisit ses amis, pas sa famille. Mais pourquoi on choisit tel ami?

C'est un chemin de purification qui me permet non seulement de me découvrir, mais aussi de découvrir plus profondément le sens des relations établies jusqu'ici...

La vie communautaire, c'est aussi pour moi la découverte de ma vocation. Découverte toute fraîche, mais merveilleuse. Découverte du désir de la famille, d'une épouse, d'enfants. Mais aussi de la place dans la société, avec les grandes lignes de mon engagement, de ma présence. Pour te rassurer, il ne devrait pas y avoir beaucoup de changements (si Dieu le veut), quand à la forme, avec mes activités antérieures à mon départ.

Seul le sens et la manière prennent un autre visage... Enfin, peut-être le point le plus important, cette vie communautaire m'ouvre à l'accueil. L'accueil de ce que je vis. Je prends conscience que chaque instant de ma vie m'est offert. Derrière tous mes “choix”, il y a un don, celui de Dieu Lui-même. Tout vient de Lui, tout m'est donné, à moi de choisir si je veux le vivre comme tel ou non...

...Et mes vacances familiales?
Non, je n'allais pas oublier de t'en parler... Petit(e) impatient(e)...!

Génial! Que puis-je dire d'autre? En vérité, ce fut un moment très fort et particulier. Bizarre aussi, de présenter à ma famille ma famille, ou plutôt de réunir toute ma famille ensemble, celle du sang et celle de l'esprit pour n'en faire plus qu'une, celle du cœur.

J'ai été très touché par l'accueil offert à mes parents et à mon frère. Comme s'ils faisaient partie du quartier, qu'ils étaient connus de toujours. C'était très drôle de voir l'enthousiasme des enfants autour de Charles, François et Fabien (surtout autour de la barbe de papa). Nous avons partagé presque six jours avec les amis du barrio, ce qui a permis à ma famille de visiter nos amis, d'aller au marché, etc. Ensuite, nous avons visité le pays. Ce fut pour moi la découverte que la mission est une continuité, qui elle ne dure pas que quatorze mois. J'ai vécu l'apostolat de la présence à plein... Nous avions beaucoup d'adresses de gens que nous ne connaissions pas ou peu. Tous nous ont accueillis les bras ouverts comme si nous faisions partie de la famille, des rencontres dans les villages où parfois nous avons reçu l'hospitalité, ou des cerises, des sourires. De Latasunga, Zumbalwa, Pujili, Quisapincha, Chardeley, Mulalo, Paute, Gualaceo jusqu'à Cuenca, tout un réseau de rencontres et d'amis s'est mis en place et s'est offert à nous. Ah, comme j'aime ce genre de vacances faites de découvertes, d'amitiés. Bref, pour plus d'informations et des photos, tu peux contacter mes parents (qu'ils me pardonnent).

Anecdotes
Je ne peux résister au plaisir de te partager quelques petites histoires qui se passent avec les enfants. Ils ont pour joie de dessiner et ils dessinent beaucoup, ce qui nous ruine en feuilles... David, petite puce d'environ quatre ans, commence lui aussi à gribouiller. Il a une préférence pour les patates. Il en fait plein, ensuite il les coupe et nous les offre. Jusqu'ici, bien! Seulement, il aimerait qu'on les mange, alors il nous les enfile — toutes chaudes — dans la bouche pour qu'on les avale. Un peu fatiguée de manger tous les jours des patates crues, Vanessa lui propose de les faire cuisiner. Cette proposition plaît à David. Depuis, il les dépose dans une poêle (une vraie) et à l'heure du dîner, il vient à la cuisine avec son grand sourire et sa poêle de patates pour qu'on la cuisine. Nous avons essayé de lui faire dessiner du riz, ça prend moins de place sur une feuille et surtout ça change du goût de la pomme de terre; rien à faire, la “popa” c'est son truc.

Un jour où Vanessa regardait par la fenêtre, elle vit David (toujours le même), tout nu devant sa maison, prêt à se baigner. Sa maman lui disait depuis l'intérieur de l'habitation: “vas-y maintenant, lave-toi.” David se renversa le récipient d'eau sur les pieds, se mouilla la tête de trois gouttes et dit à sa maman: “ça y est, j'ai terminé.”

Un après-midi d'apostolat, j'enseignais un nouveau jeu à quelques enfants, celui où on se tient le menton l'un l'autre en chantant: “je te tiens par la barbichette, le premier qui rira aura une claquette.” J'avais pu donner une tapette à tous, alors que venait le tour de Michèle (quatre ans). Voilà que tout de suite après la chanson, cette petite puce au caractère bien trempé me lâche le menton, avant même que j'aie le temps de rire et me donne une gifle (non pas une claquette) et se met à rire, accompagnée par tous les autres...

Intentions
Prie pour la famille de Fausto, surtout sa maman qui vient de perdre son petit bébé, elle est décédée dans le ventre de sa mère à l'hôpital, espérant une césarienne.

Pour la communauté des Pères Somascos, leur unité et les projets pour l'enfance maltraitée et abusée de Guayaquil qu'ils entreprennent.

Pour Cristobal qui a fait un emprunt pour s'acheter un taxi (remboursement: 25% d'intérêt, en quatre mois). Pour couvrir la dette, il travaille jour et nuit, dimanche compris. Pour sa famille qui s'est agrandie, car sa belle-sœur et ses quatre enfants doivent habiter chez lui, les inondations les empêchant de rester dans leur maison. En plus du remboursement, il doit subvenir aux besoins de tous.

Enfin, prie beaucoup pour l'Amérique du Sud. L'Argentine qui traverse une crise effroyable. Le Venezuela qui vit des problèmes politiques importants, le Pérou et l'Équateur qui souffrent, entre autres, de problèmes climatiques dus au phénomène “El Niño”. Pour la Colombie, pour le retour de la paix; pays où la présence de l'amour et de la vérité témoigne jusqu'à la mort; pays de martyrs: un prêtre en fin d'année et un autre en début d'année, un archevêque (de Cali) il y a environ un mois, deux autres prêtres en ce temps pascal ont été tués pour avoir osé parler de paix, de vérité, dénoncé les méfaits du narcotrafic, sept ecclésiastiques sont séquestrés pour ces raisons encore aujourd'hui...

Alejandro

PJ: dessins des enfants

Alexandre MORARD
Punto Corazòn
C.C. 09.05.16.047
Terminal Terrestre
GUAYAQUIL
ÉQUATEUR

Alexandre Morard s'est engagé 14 mois en Équateur pour l'association Points-Cœur, une œuvre catholique de compassion et de consolation en faveur des enfants et des hommes les plus rejetés à travers le monde.

Voir aussi:
Lettre numéro 1
Lettre numéro 2
Lettre numéro 3
Lettre numéro 5
Lettre numéro 6
Le site de Points-Cœur

 

Distribué par Déjeune qui Prie, Vétroz, Suisse.

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