Alex nous écrit d'Équateur (3)
Point-Cœur Jeronimo Emiliano
Hola querido padrino, querida madrina, familia, amigos...
Je t'écris en ce beau jour du 6 février 2002 de la maison de Carmen (Santa Rosa) que l'on appelle Carmi. Je profite de sa présence à la cuisine avec Myriam, ma sœur de communauté. Elle l'aide à préparer una menestra, spécialité équatorienne faite de riz blanc, de frejoles (graines de haricots). Je profite aussi de t'écrire avant ce soir, car mes parents et mon frère arrivent pour quinze jours de “mission”. Comme on dit ici, à tout de suite! Tu vas avoir des nouvelles fraîches emportées par avion. Bien, je te conterai, dans ma prochaine missive, notre aventure... D'ici là, je te partage ce que j'ai vécu depuis ma dernière lettre d'avant les fêtes.
La maison de nos rêves? Les fêtes de fin d'année se sont bien passées, Noël m'a bien marqué, j'ai eu la grâce de pouvoir me rapprocher un peu plus de ce mystère. Le 24 décembre, je l'ai vécu comme un jour quotidien, alors que je m'attendais à le vivre spécifiquement avec une messe de quatre heures, des danses, des gens partout dans les rues, etc.. Il n'en fut rien. C'est après quelques jours et quelques discussions communautaires que j'ai reçu cette invitation à ne plus vivre Noël comme un jour différent des autres, à part, mais vivre chaque jour Noël.
Le troisième mystère joyeux du Rosaire, qui traite de la naissance de Jésus, nous offre comme fruit du mystère, la pauvreté. L'Emmanuel “Dieu avec nous” s'est fait homme dans le plus grand dépouillement, celui-ci, cette pauvreté se vit ici au quotidien.
Dieu œuvre par son amour, à la résurrection dans notre plus simple vie journalière.
Nos amis ne se sont toutefois pas laissés aller à la paresse festive, ce n'est pas trop l'esprit des Équatoriens. Ils se sont rattrapés le 31 décembre pour la quemada del viejo, car ici on fête l'año viejo (vieil an).
Cette tradition consiste à brûler la vieille année représentée par un bonhomme de bois et de papier. Chaque famille en construit un, le remplit de pétards et le brûle au son des douze coups de minuit, tout ça dans la rue. Nous étions invités chez Cristobal à souper et à brûler le viejito. Ce fut un moment fort sympathique. Après, nous avons la vuelta del barrio pour visiter les familles amies, toutes devant leur maison, elles aussi à brûler leur bonhomme. À peine ce 31 terminé, nous avons commencé à préparer le grand déménagement, fixé au 11 janvier, vers la demeure de nos “rêves”, enfin, celle dont rêvait le Seigneur pour nous.
Je vous contais, dans ma dernière lettre, que nous étions sur le point de louer une maison dans notre quartier. Apparemment, telle n'était pas la volonté divine. En effet, après plusieurs discussions avec les propriétaires, nous nous sommes rendus compte que ceux-ci n'étaient pas d'accord entre eux; ne voulant pas créer de difficultés dans le couple, nous nous sommes retirés du projet; de plus, l'épouse — si elle nous louait la maison — voulait une chambre pour ses affaires et pouvoir de temps à autre venir faire ses petites choses... Ne rencontrant aucune autre habitation convenant à nos goûts, (on a quand même nos exigences... ah, ah, ah!), nous nous sommes vus guider par la providence à la Sagrada Familia. Cette maison paroissiale était celle des père Somascos (avant le déménagement), elle se situe dans la coopérative (petit quartier) “Che Guevara” (clin d'oeil à quelques uns de mes amis?!), de l'autre côté de la Perimetral, à quinze minutes à pied de Ste-Thérèse.
“Je suis avec vous tous les jours...”
(Mt 28,20)
Je dois t'avouer que ce fut difficile d'accepter cet
état de fait, de changer de quartier; ceci pour moi
comme pour la communauté. Les derniers jours à
Ste-Thérèse m'ont beaucoup touché. Je me rappelle d'un
après-midi, j'étais de permanence, il y avait à la
maison David, Chiquiduana, Joselito, Jenny, Saulo. Nous
étions en train de parler du déménagement... quand
l'un d'entre eux me demande: “Alejandro, donne-moi un
verre de pur lait de vache en poudre” (c'est le seul
lait que l'on a). J'éclate de rire pour le pur en poudre
et acquiesce à la demande. Quand tous sont servis, l'un
d'entre eux propose un toast en levant son verre et dit:
“à la santé des missionnaires que nous on veut pas qui
partent”... et tous de répéter en cœur...
Ouah, j'étais soufflé...
Le jour du déménagement arriva — trop vite — nous avions une journée pour faire le translado avec les pères. À 11h30, nous avions tout déménagé, les pères terminèrent bien plus tard (je crois que la réputation du prêtre désordonné a quelques bons fondements...). Je fus très touché, et ce dès la première heure, par la présence de nos amis, tant de Ste-Thérèse que de la Sagrada Familia. Il y avait quatre ou cinq mamans que nous connaissons pour nous aider à déménager, nettoyer. Les jeunes de Ste-Thérèse nous aidaient à transporter les meubles avec la Jeep du père Ricardo, les enfants de la Sagrada nous faisaient la haie d'honneur à notre arrivée comme s'ils s'étaient passé le mot d'un quartier à l'autre sur le rôle de notre mission. Comme si Dieu nous attendait depuis longtemps, si longtemps qu'Il n'avait résisté à le dire aux enfants que nous arrivions. Il l'a révélé aux petits...
En milieu d'après-midi, tous voulaient monter, guidés par Abraham qui nous connaît bien, pour voir, jouer, toucher, etc. Ne pouvant le faire, un peu énervés, ils bloquaient notre porte avec un bout de bois... (très drôle!). Descendu pour — je vous l'avoue — les gronder, je succombais à leur présence et à leurs questions (aussi à leur poids). Je commençais à leur expliquer un peu qui nous étions, à leur démontrer mes talents de magicien (glups), eux comprirent tout de suite:
“Quand est-ce qu'on peut venir?
— Euh... demain... Ouais, demain on est là...”
Et en effet, le lendemain tous étaient là: Michelle, David, Edyson, Carlos, John, Tamara, Jenny, Roger... et à la première heure!
Notre mauvaise humeur a vite disparu pour laisser place à l'allégresse de ces petites frimousses d'amour! Nos amis nous enseignaient (ils le font toujours d'ailleurs) notre propre charisme, celui de la présence.
Jusqu'où vais-je aller pour me convertir et croire en la
présence de Dieu à mes côtés?
Grande question pour moi, cette présence de nos amis
dans ce moment un petit peu difficile ne m'était
apparemment pas suffisante pour croire en la Présence et
l'Amour infini du Père.
Le dimanche 13 janvier, je prenais la décision, avec Édouard, de grimper sur le toit de la maison pour boucher les trous, avant les pluies diluviennes. J'évite les détails, toujours est-il qu'à un moment donné, je me relève (de dessus le toit) pour aller chercher un balai à la maison. Je fais le pas pour descendre et “crac! boum!” le toit cède complètement sous mon poids svelte (si, si). Lançant quelques gestes, essayant de me rattraper, je frappe la rampe d'escalier de la chapelle avec mon dos (aie, ma hernie discale, glisse sur celle-ci, heurte un boule de décoration de la rampe, bascule en avant pour me cogner la tête contre les parois de la chapelle et roule jusqu'au fond des escaliers. Rapidement, je me relève constatant que je marche, Gloire à Dieu, et que je saigne de la tête... Tout de suite alertées par les enfants, les voisines accourent, la señora Carmen “del frente” arrive à la maison et prend en charge ma petite personne. Je suis conduit à l'hôpital par les pères Somascos pour des contrôles, et là, Myriam et Vanessa rencontrent le docteur Miño, une grande amie qui, après des explications, vient aux urgences pour donner les consignes aux jeunes internes concernant ma prise en charge.
Je m'en sors sans aucun os brisé, sans problème à la tête, juste avec cinq points de suture à la cabeza et deux au coude droit, quelques gros bleus par-ci, par-là. Un vrai miracle, Dieu veut vraiment que je reste encore sur cette planète, la hauteur maximale est de sept mètres, par grâce ma chute fut écourtée par la rampe, puis ralentie par les escaliers. Sortant bien tard de l'hôpital, je devais prendre quelques jours de repos. Édouard a appelé Alicia pour lui demander si je pouvais rester chez elle une semaine. Elle a accepté en lui disant de ne pas s'inquiéter, car elle allait se charger de moi
Cette expérience (me) nous toucha beaucoup, au-delà de la peur engendrée, depuis que nous étions arrivés à la Sagrada Familia, nous ne cessions d'expérimenter la présence de nos amis, de personnes jusqu'alors inconnues et de la main salvatrice de Dieu dans cette chute. Comme notre visiteur le dit si bien: “Tout est grâce”. Maintenant, tous nos voisins nous connaissent, Alicia a pu profiter de ma visite importune pour découvrir sa famille unie et prête à accueillir et partager ce qu'elle vit. Les mamans du quartier ont profité du prétexte pour entrer à la maison prendre des nouvelles, emmenant avec elles quelques gâteries. Et moi, j'ai découvert ma famille ici, l'amour de mon frère et de mes sœurs de communauté, l'amitié profonde entre l'œuvre et les pères Somascos, la vérité de nos relations avec nos amis et le réel souci de nous être présents et aidant notre visiteur, le père Antoine-Marie et par lui toute l'œuvre Points-Cœur. Tout cela sans oublier le plus important, la vérité instituée dans cette phrase de Jésus-Christ:
“Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde.”
Point-Cœur, une simple histoire de présence.
P.S.: Je m'arrête car mes parents sont arrivés (depuis hier soir) et j'ai l'esprit un peu ailleurs. J'en profite pour tous vous remercier, pour votre générosité en présence, attentions, spirituelle et financière. Je vous avoue que je suis dépassé par les événements, tant par le courrier que les cadeaux. Quelle grâce. C'est encore un signe de la Présence, de votre présence. Merci pour cet amour qui me fortifie dans la continuité de cette magnifique mission, les enfants en sont les premiers bénéficiaires par la grâce du Christ. Je vous avoue même que tous ces dons reçus, toute cette joie m'ont fait verser des larmes de bonheur.
Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit!
Alexandre MORARD
Punto Corazòn
C.C. 09.05.16.047
Terminal Terrestre
GUAYAQUIL
ÉQUATEUR
Voir aussi:
Lettre numéro 1
Lettre numéro 2
Lettre numéro 4
Lettre numéro 5
Lettre numéro 6
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