Alex nous écrit d'Équateur (1)
Point-Cœur Jeronimo Emiliano
À tous les généreux donateurs, parrains, marraines.
Holà! Bonjour chères marraines et chers parrains, grand bonjour de cœur à vous tous qui participez à notre mission de chez vous. J'y suis, à cette première lettre aux parrains. J'y suis avec joie et empressement de vous partager le presque mois passé ici. J'y suis aussi avec un peu de trac...!
Avant toute chose, j'aimerais vous remercier! Vous remercier pour votre générosité de cœur, de présence à mes côtés durant ces quelques mois à venir, pour les précieux dons de vous-même, dons d'argent et/ou de temps. Je commence à sentir la relation d'amitié qui nous unit déjà depuis quelques temps. Merci. Je vais vous conter mon voyage et mon arrivée, puis vous présenter l'Équateur, Guayaquil, la Isla Trinitaria (quartier où nous sommes), etc...
Voyage - Voyage
Ce n'était pas tout à fait la première fois que je
sortais de mon village, mais presque... Je n'avais
jamais pris l'avion et ne parle en tous cas pas
l'Anglais. Je me demandais donc comment j'allais faire?
Eh bien, pas comme tout le monde, mais le plus
simplement possible. Je devais partir de Genève via
Amsterdam, puis Guayaquil... J'ai dû faire escale à
Curaçao puis passer par Quito, à cause d'un volcan en
éruption, changer d'avion et de compagnie avec dix
heures d'attente en tout, deux pannes d'avion, pour
arriver après quelques vingt-huit heures et quelques de
voyage, frais et dispos à Guayaquil. Rassurez-vous, tout
cela au bout du compte en valait la peine, puisque j'ai
vu les neiges du Cotopaxi transpercer une mer de nuage
recouvrant les Andes, les fumées du Touguraglwa (volcan
en éruption) et les bras du Rio Guayas à mon
arrivée. Première plongée dans l'expérience
Points-Cœur, dans l'expérience de providence et
d'abandon...
Où suis-je???
L'Équateur est un pays d'Amérique du Sud, situé au
nord-ouest de celle-ci. Bordé d'une part par l'Océan
Pacifique (ouest), le Pérou et la Colombie, il est
traversé du Sud au Nord par la Cordillère des Andes. On
trouve trois régions bien distinctes dans ce pays: la
Côte (Costa), les Andes (Sierra) et la forêt amazonienne
(Oriente). Guayaquil se situe dans la Costa, au sud du
pays. C'est une ville portuaire se situant aux alentours
du Delta du Rio Guayas. Elle est la plus grande ville du
pays (environ deux millions d'habitants) et le deuxième
plus grand port sur la côte pacifique d'Amérique du
Sud. Le Point-Cœur se situe sur l'Isla Trinitaria
(Île Trinitaire), quartier d'environ trois cent mille
habitants. L'île est traversée par la Périmètrale,
espèce d'autoroute reliant la côte (à l'ouest) et la
Panaméricaine et les Andes (à l'est), elle relie le
quartier à la ville par deux grands ponts. Ce barrio
(quartier) est le lieu d'habitations des personnes
pauvres, souvent venues des Andes ou d'autres villes, en
pensant trouver meilleures conditions. Les maisons sont
en bambou de canne à sucre ou en brique. Certaines sont
construites sur pilotis au bord du fleuve, quartier le
plus pauvre que l'on appelle “los puentes”. C'est un
lieu d'apostolat pour nous.
Mais nous, nous habitons dans la paroisse de Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. Plus exactement à côté de la chapelle dans la maison paroissiale que les pères Somascos nous mettent à disposition. Eh oui, nous n'avons pas encore de maison, elle est en construction, ou plutôt en attente de construction. Nous avons quelques problèmes pour l'autorisation de terminer la bâtisse. Mais comme c'est une très longue histoire et que je ne connais pas tout encore, je vous en ferai part dans une prochaine lettre. Je confie juste à votre prière ce souci d'habitation.
Communauté Points-Cœur
Cela fait une année que Points-Cœur est installé
ici, cela a été possible car un Point-Cœur de
Colombie a dû fermer pour raison de sécurité. C'est donc
Juan (Argentin qui a terminé sa mission) et Carmen
(Péruvienne qui va nous quitter mi-octobre) qui ont
ouvert les feux, invité par les pères Somascos,
titulaires des paroisses de l'Île, à venir fonder à
Guayaquil. Suivi d'Édouard (séminariste français) et
Myriam (Française). Puis, pour remplacer Juan, est
arrivée Vanessa (Salvadorienne), il y a deux mois
environ, et enfin moi, qui suis attentivement Carmen
avant de la voir partir. Je découvre une chouette
communauté, multiculturelle, très joyeuse. Je suis très
touché de leur accueil, ils sont tous très patients et
attentionnés, pensant à tout, m'introduisant gentiment
dans le quartier. Je me sens un peu dénudé, sans moyens,
comme un petit frère qu'on éduque et ça, ce n'est pas
très facile à avaler. Mais comme ça, au moins, je peux
m'exercer à faire confiance et à m'abandonner!! Je
découvre aussi un peu de leurs joies et de leurs
souffrances que gentiment j'apprivoise et fais miennes.
Joie d'avoir, après une année, beaucoup d'amis dans le
quartier et ailleurs en ville. Des familles, pour la
plupart toutes très chaleureuses et accueillantes, qui
vont acheter du Coca et du poulet pour vous accueillir,
alors qu'eux boivent de l'eau et mangent de
l'arroz (riz). Ce sont les familles du barrio qui
habitent près de notre maison ou à un quart d'heure de
marche, la famille de don Patricio, don Francisco, de
Pilar et Francisco, d'Abraham, de Fabiola...
Et puis, il y a aussi d'autres amis, tout aussi proches de nous dans la foi, mais vivant dans un autre milieu. D'un milieu qu'on pourrait appeler la “haute société”, très riche mais encore bien plus généreux. Par exemple avec Alicia, Javier et Paola et leurs amis, nous allons distribuer de la nourriture aux personnes dormant et habitant dans les rues de Guayaquil. Cela fait six ans qu'avec leur œuvre “Marie Mère de l'Unité” ils préparent et distribuent cette nourriture, tous les mercredis soir de l'année. Il y a aussi don Pouce, architecte de notre peut-être future maison, très proche des sœurs Missionnaires de la Charité, qui nous a orientés et présentés le Hogar de la Paz, foyer qui accueille des personnes âgées de condition pauvre, que nous allons voir le lundi matin. Et il y en a d'autres que je ne connais pas encore beaucoup, mais que je me ferai une joie de vous présenter bientôt...
Et puis, il y a les souffrances, les croix... Chacune d'elle est bien différente et bien lourde à sa manière. Mais chacune d'elle a sa signification, correspond à une petite chose que le Seigneur nous demande en plus. Les plus présentes, du moins celle que j'ai rencontrées pour le moment, concernent l'enfance: l'enfance maltraitée, battue par manque d'éducation, parce que c'est la seule méthode qu'on connaît dans nos quartiers... La pauvreté matérielle, sans argent, sans travail pour nourrir sa famille, ses enfants. (L'Équateur doit avoir un taux de plus de 80% de chômage... infos quand même à vérifier).
La corruption partout, à tous les niveaux.
Et puis cette maison, dont je vous ai parlé un tout
petit peu, qui nous prend tellement de temps, qui nous
fait presque croire que c'est impossible de faire les
choses légalement...
Espérance?
Elle est bien présente au travers de tout ça. Par le
Padre Ricardo, prêtre de notre paroisse, qui tous les
lundis soir enseigne à l'école des parents. Il y
enseigne le sens de l'amour aux yeux de l'Église, que la
violence engendre la violence, la sexualité, les
relations homme-femme... Tout cela par des exemples
très concrets, proches de la réalité des familles.
Et puis, sœur Lydia et son équipe proposent aux enfants une scolarisation et un repas...
Mais je ne pourrais terminer de vous parler d'espérance sans vous parler des enfants. De Miguelito, Joselito, Kelly, Jeney, Diego, Tadeo, Abraham... joies et lumières de la maison, tous les jours fidèles au rendez-vous d'amour avec la Sainte Vierge, toujours prêts à nous sauter dans les bras, à nous demander de courir avec eux pour faire voler leur cometta (cerf-volant), à nous offrir des dessins.
Avec eux, il faut ajouter les adolescents, Fausto, Ricardo, Alberto, Poncho, Marga, Rosa... qui apprennent qu'ici on ne joue pas des poings mais du cœur. Qui nous invitent à organiser des soirées pour eux, à être ces grands frères ou sœurs qu'ils n'ont pas, qui nous confrontent, nous testent jusque très loin et qui, un soir, pleurent dans la chapelle devant Jésus et leurs fautes, en constatant qu'ici il ne vont pas “choper une beigne”, mais une porte toujours ouverte pour les accueillir. Bref, de grandes joies. Que dis-je, de grandes grâces.
Et moi?
Je ne sais trop où commencer! Comme vous le constatez,
il se passe beaucoup de choses ici. Pas rien qu'en
surface, mais dans ma tête et dans mon cœur
aussi. Il faut bien ça, si je veux débuter ce
pèlerinage.
J'ai envie de vous dire que je découvre les dons reçus dans ma vie en Suisse. Surtout, celui de l'amour de mes proches. Autour des tâches quotidiennes, nettoyage de la maison, lavage à la main de mes habits, préparation de la cuisine, je découvre un peu des sacrifices parentaux qui m'ont tant donné. Marie m'aide beaucoup dans ce chemin, Elle m'apprend, au travers de tout ça, à méditer sa vie. J'en découvre la nécessité de la confiance et de l'abandon, de la patience, l'accueil du présent de maintenant. Je suis un petit enfant, j'apprends à marcher et à parler. Je suis véritablement dans un temps de silence. Silence face à la communauté par la langue, la méconnaissance du lieu, etc...
Silence face aux gens par la langue, la culture...
Silence face à moi-même par le changement, le bouleversement...
Silence face à Dieu puisque, ici, tous les offices sont en Espagnol.
Silence au goût âpre, mais silence-espérance, car:
“Le fruit du silence est la prière,
Le fruit de la prière est la foi,
Le fruit de la foi est l'amour,
Le fruit de l'amour est le service,
Le fruit du service est la paix.”
(Mère Teresa)
Je rends grâce à Dieu de vous avoir comme parrains, marraines. Je vous confie tous à lui avec vos intentions.
Alexandre MORARD
Punto Corazòn
C.C. 09.05.16.047
Terminal Terrestre
GUAYAQUIL
ÉQUATEUR
Voir aussi:
Lettre numéro 2
Lettre numéro 3
Lettre numéro 4
Lettre numéro 5
Lettre numéro 6
Témoignage d'Édouard
sur le site christicity.com
Le site de Points-Cœur