Ma chair n'est qu'un cri!
“Avec Toi, Seigneur, je n'ai pas d'autre désir!
Vers Toi, ma chair n'est qu'un cri!
Et mon cœur , d'amour, se consume!”
Psaume 72, 25.
Cet acte où je m'investis tout entier...
Et dans ce corps, la sexualité est la manière principale où, dans la différence et le complémentarité, va jouer ma relation aux autres et à Dieu, dont elle est un cadeau splendide. Voulue comme telle, par Lui-même.
“La sexualité est une composante fondamentale de la personnalité, une de ses façons d'exister, de se manifester, de communiquer avec les autres, de ressentir, d'exprimer et de vivre l'amour humain. Elle caractérise l'homme et la femme non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan psychologique et spirituel, marquant chacune de leurs expressions”.57
Et son expression la plus forte sur le plan physique, sera la “génitalité”: l'acte sexuel proprement dit.58
Décoder ce cri du corps
Ce besoin si violent de passer aussi rapidement à l'expression génitale, n'est-ce pas un message? Comment le déchiffrer?
Ne s'y cache-t-il pas une angoisse qui cherche à se soulager?
Chez le garçon, c'est la sourde inquiétude de ne pas être assez viril, d'être incapable, impuissant. Tu manques de confiance en toi-même, d'espérance en ce que tu peux devenir: “Je veux coucher avec toi” se traduit: “Suis-je un homme? Puis-je donner la vie?”
Ce peut être aussi: “Puisque tu ne m'ouvres pas (encore) ton cœur, qu'au moins je pénètre ton corps! Je finirai bien par atteindre ton cœur. En attendant je me contente de ton corps!”
Du côté de la fille, c'est plutôt: “Est-ce que je plais, est-ce que j'attire?” Elle doute d'elle-même. Elle veut se le prouver. “Dis-moi que je suis belle! Que quelqu'un veut bien de moi”.
En effet, “il est plus facile pour une fille de croire que son corps est désirable que d'accepter que sa personne est aimable. Mais ce ne sont pas les relations sexuelles qui lui démontrent que sa personne est aimable et qu'elle est importante. Qui lui assure, alors, que c'est pour sa grâce intérieure et sa beauté profonde que son ami la désire, et non pour l'attirance de son corps?”59 Chez le garçon, ce peut-être le besoin d'affirmer son pouvoir, de dominer: “Vois comme je suis fort!” Chez la fille, le besoin de prendre sa revanche. De manipuler à son tour. De dominer le garçon, en le tenant en laisse... D'un côté comme de l'autre, le cri lancé: “Finalement, suis-je important pour toi?” Mais le paradoxe: “Dans le flirt, on cherche à être important pour l'autre, et on ne considère pas l'autre comme important. Alors c'est vite le désespoir”, comme me le disaient quelques jeunes récemment. Ajoutant: “On drague pour se rassurer, on cherche une sécurité, mais comme on se laisse tomber aussi sec, on est de plus en plus insécurisé...”60
Fixé sur le sexuel, car frustré de l'essentiel
“Libérer le désir sexuel dans un monde clos par la mort, où Dieu est rejeté, c'est exactement libérer un fauve enragé, enragé par l'absence de sa proie, parce qu'il ne trouve pas finalement ce qu'il cherche”
(Olivier Clément, ouvrage cité).
La jouissance sexuelle est indéfiniment renouvelée: n'est-ce pas un “mime” d'infini? Pendant qu'il dure, le temps ne compte plus: plagia d'éternité? Mais précisément, il est toujours à recommencer, toujours transitoire: ce n'est ni l'infini, ni l'éternité!
Au fin fond du désir sexuel, n'y a-t-il pas comme une nostalgie d'un lieu où n'existe rien d'autre que le bonheur d'aimer? D'une personne dont personne, jamais ne pourra nous séparer? D'une beauté que rien, jamais, ne pourra déflorer? D'un visage qu'aucune ride ne viendra faner? Nostalgie d'une plénitude, dont les plus beaux moments d'amour ne sont que l'approche tâtonnante? Les sex-shops prouvent et le vide du cœur et son attente d'un ailleurs. Ils crient que l'homme rêve toujours et crève d'amour.
Et si cet amour, cet ailleurs, cette plénitude, ce visage, cette beauté, ce bonheur, c'était... Dieu? Dieu refoulé, voilà tes besoins d'amour non pas transférés, mais exacerbés!61 C'est quoi qui fait le succès monstre du marché du sexe? Le besoin fou de tendresse qui habite le cœur de l'homme. Besoin si rarement assouvi! D'où sa perpétuelle insatisfaction! Bien sûr, on peut connaître un amour grand, pur, beau et fort, sans pour autant connaître Dieu. Pourtant, sans en savoir la source, c'est de Dieu même que vient tout ce qu'il y a de grand, de pur, de beau et de fort dans cet amour.
Et de son côté à Lui, comme ce besoin fou de donner de l'amour et d'en recevoir doit Le bouleverser! Il y reconnaît, comme en négatif, son Visage. Chaque acte sexuel — même impur — comme chaque acte de violence, est un gigantesque appel à la vie, à Sa Vie, un S.O.S. déchirant. On peut vivre sans le savoir. Mais quel bonheur en plus, quand on le sait! Aimer, comme tu rêves d'aimer, le peux-tu vraiment en dehors de Lui?
S.O.S.: Société Obsédée de Sexe
Solitude Ouverte au Seigneur
Parce qu'on sait si peu se mobiliser pour une grande cause humaine, se dépenser en petits services d'amour, se dévouer auprès des plus faibles, lutter pour la paix et la justice, bref, ouvrir mille débouchés à l'amour, alors ne reste que le sexe. Gigantesque abcès de fixation d'un monde qui s'ennuie. Qui s'ennuie de ne plus savoir ni où ni comment investir ses capacités d'aimer: le champ visuel se rétrécit. Il ne voit plus qu'un seul point. Tout s'y ramène.
Alors que l'horizon de l'amour est sans limites. Appel aux espaces infinis. Aussi, tout désir du cœur qui n'est pas équilibré par un immense désir de Dieu risque d'être déçu, un jour ou l'autre. Sera-t-il jamais vraiment comblant? Ton cœur crie qu'il est fait pour autre chose que l'argent, autre chose que le sexe. Qu'il est plus grand que ses problèmes. Plus grand que le monde. Oui, ce monde, il est trop petit pour ton cœur. Tu éclates. Tu as envie de tout faire sauter. Tu pleures, tu cries. Pleurer, crier, ça fait partie de l'amour, non? Pleurer, crier, pour détendre les muscles crispés du cœur!
Avoue-le, la plus grande des souffrances: personne ne fait vraiment appel à toi. Personne n'a besoin de toi! Tu n'es utile, tu n'es nécessaire à personne. Pour personne, tu n'es irremplaçable. Tu ne comptes pour personne. Pour personne tu n'existes. Alors, à quoi bon exister? Dans chaque relation sexuelle, c'est ton cœur qui crie: “Est-ce que j'existe pour toi? Est-ce que je compte pour toi? Dis-moi que je ne suis pas seul au monde!”
Tu cherches à t'arracher à ta solitude! Désespérément. Tu cherches un partenaire qui soit à la hauteur de ton cœur. Et tu ne le trouves pas! Amères, les redescentes! Chaque fois, tu te retrouves plus seul encore qu'avant!
Mon cœur qui rêve d'un premier amour
“Depuis toute petite, j'avais subi pas mal de sévices sexuels de la part de mes frères, de mon parrain. D'horreurs en abominations, on sent son corps comme quelque chose de répugnant. La seule chose qui intéressait mon pauvre père, c'était la dégradation de l'homme et de la femme. Plus que pour des animaux, seul le sexe comptait. A 12-13 ans, je comprenais qu'il n'y a que ça qui plaisait à l'humain, aussi je rêvais d'être prostituée pour que les gens soient “heureux”. Je me laissais entraîner par le flot, insensible à la vie, aux saisons qui passaient. Comme dans un souterrain, sans lumière ni joie. Tout était centré sur la jouissance, mais aussi la tendresse, la sécurité: se reposer sur quelqu'un! Mais je ne savais pas que ce que je faisais était mal. Je priais très, très souvent Marie. Et puis, je suis entrée dans le Renouveau. Je ne voulais plus manquer ma prière, comme avant je ne voulais pas manquer une fête. Avec Marie, toute pécheresse que je suis, je m'en vais vite reposer sur le Cœur de Jésus quand j'ai mal. J'ai pleuré, pleuré, et Marie étouffait mes pleurs en me serrant contre son Cœur. Jésus, II est trop pur, mais juste pour moi. Et sa pureté qui me faisait peur, maintenant me rassure. “Jésus, mon frère, mon ami, donne-moi un corps de lumière, pour que je puisse te regarder sans crainte, toi et mes frères. Jésus, délivre-moi de mes chaînes.Mon cœur de prostituée, le voilà! Mon cœur qui rêvait d'un premier amour, le voilà! Mon cœur où palpitent les derniers battements d'ailes d'un papillon de printemps! Mon cœur qui ne peut te parler que lorsque je redeviens enfant!”
Geneviève, 17 ans.
Qui que tu sois, où que tu sois, quel que soit le visage de ton cœur ou les virages de ta vie, tu ne peux vivre sans te reposer sur quelqu'un. Et si, toi aussi, tu laissais Jésus s'offrir comme ton repos, le repos de ton cœur? Ton cœur peut-être déjà usé à mal-aimer. Peut-être déjà flétri, mais qui rêve toujours, toujours d'un premier amour, d'un amour qui n'a jamais été donné, d'un amour qui soit à la hauteur de ton cœur. Oui, trouver quelqu'un qui soit digne de ton amour, digne de ta fabuleuse capacité d'aimer et de se donner. Ton cœur n'est pas vide, mais trop plein d'un amour qui n'a jamais trouvé quelqu'un en qui il puisse se déverser.
C'était dans une église de la ville de Québec. A la fin de la messe, une douzaine de filles qui faisaient le trottoir sont montées à l'autel me confier leur bouleversement. Entrées par simple curiosité, intriguées par une église pleine de jeunes, un soir de semaine. Au moment où elles entrent, je lis cette lettre de Geneviève. Elles en sont transpercées, Maintenant, libérées de leurs chaînes, elles vivent en joyeuses enfants de Dieu. Tant de femmes qui devaient vendre leur corps pour vivre, l'ont maintenant confié à leur Seigneur pour toujours. Nul n'est jamais trop loin, trop sale, trop blessé pour Dieu.
Jésus veut devenir pour toi ce premier amour, dont tu rêves depuis toujours. Alors tout amour y trouvera et sa profondeur et sa saveur et ses couleurs. Tu connaîtras les saisons, toujours neuves de l'amour. Loin de t'arracher à un amour humain, il humanise l'amour, l'arrache à ses souterrains, lui donne un visage de printemps, le jette en plein soleil.