Communion Déjeune qui Prie
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S'aimer = s'apprivoiser

Aimer autrement, être autrement!

Et mon ami Bruno, 15 ans, que la myopathie va bientôt emporter:

“Tu vois, je me fais porter dans les boums pour expliquer aux jeunes que l'expression physique de l'amour empêche l'amour de grandir et les retient à un niveau primitif. Se donner l'un à l'autre physiquement, d'emblée, empêche de s'aimer profondément. Oui, on peut aimer autrement, être autrement.” 151

C'est s'aimer d'abord en tant qu'enfants de Dieu. En frères et sœurs. Sans aucune arrière-pensée, aucune convoitise. Aucun désir de posséder, d'utiliser l'autre ou d'en jouir. On l'aime pour ce qu'il est. Tout simplement, tout fraternellement. Amitié toute simple, toute claire, toute franche, qui est souvent le meilleur terreau où peut éclore un amour proprement dit: un amour gratuit. Splendeur des grandes amitiés!152

J'en ai connu qui ont fait le chemin inverse: sont passés d'un amour très charnel à cet amour tout fraternel:

“Mon ami et moi sommes guéris. Notre nouvelle relation est aussi tendre, mais pure. Nous nous découvrons et nous en sommes bien plus heureux. Ce qui me donne le plus de joie, c'est qu'au lieu d'être bloquée par ce problème de rapports sexuels, je peux cheminer vers Lui... comme si, avant, toutes mes forces, mon attention, étaient mobilisées par ce refus, de Dieu. Je n'ai plus besoin de craindre les regards sur moi, je peux dire à Dieu: “Prends tout!” Je peux être complètement disponible. Quelle joie, petit frère, quelle joie!”

Si tu ne connais pas encore celui/celle avec qui tu feras route, pourquoi ne pas prier pour lui/elle, tous les jours. Confiant déjà votre rencontre au Seigneur qui, Lui, le/la connaît déjà. Confie-toi à l'ange Raphaël: il a fait connaître au jeune Tobie cette Sarra qui lui était destinée. Il l'a guidé jusque chez elle, par des sentiers où il se serait égaré sans lui. Grâce à Raphaël, ils se sont reconnus, aimés, épousés153.

L'amour s'acquiert, se conquiert, se libère

“Je n'ai jamais eu aucune relation sexuelle avec un garçon, ni même d'aventure amoureuse. Je désire m'offrir “non usée” au garçon que j'aimerai pour la vie. Seulement, comment savoir qui est ce garçon? J'ai souvent été amoureuse de garçons en me disant “c'est lui” sans même que ces garçons ne sachent ou ne soupçonnent que je les aimais. Or à chaque fois, ces coups de foudre de ma part se sont soldés par un estompement de mes passions et par un oubli progressif de ces garçons. Et, souvent, malgré ce désir de chasteté et même de n'avoir aucune expérience avec un garçon avant celle avec mon futur mari, j'ai envie de me sentir aimée par un garçon et de recevoir toute sa tendresse.”
Thérèse, 19 ans.

Tu vois, Thérèse, cet “estompement”, cet “oubli progressif” montre bien que chaque fois, ce n'est pas encore “lui”. Si ce l'était, ton sentiment s'affadirait-il ainsi, avec le temps ou la distance? Heureusement que tu ne l'as pas déclaré de suite à chacun! Tu les aurais cassés!

Oui, pour cette grande aventure il faut habilement s'entraîner: l'amour s'acquiert, se conquiert, se libère!

Pour toi, Dieu a bien prévu les choses: n'aie pas peur, c'est Lui ton entraîneur; il saura te guider même dans la douleur. Aussi, pour tous ceux qui ne veulent pas rester en rade mais gagner ce défi de la vie, voici “l'Agapé-thérapie” mise au point par 2000 ans d'expérience, continuellement adaptée et modernisée. Si tu l'acceptes comme traitement, on te promet — à moins d'un gros incident — que la traversée de ta vie d'amour ne sera pas pour toi un “sale tour”, mais une montée vers le jour.

“Aimer vraiment, c'est découvrir l'altérité de l'autre154. Ce n'est pas forcément tomber amoureux. Cela se présente souvent comme une profonde amitié: on se sent en paix avec l'autre, on se sent bien, reconnu pour le meilleur, pressentant symétriquement le meilleur. Avec cette capacité — qui est une grâce unique — d'aider l'autre à mûrir, à s'approfondir, comme on l'aidera peut-être un jour à vieillir et à mourir. Il peut même se produire alors, tant la découverte de l'altérité de l'autre m'éblouit, une sorte d'abolition momentanée du désir, au sens génital155.”

Une vigilance du cœur

A l'école Jeunesse-Lumière, les jeunes qui donnent un an à Dieu, au service de l'Evangile, s'engagent à vivre, durant ce temps, un “célibat d'amour”. A vivre ensemble, simplement, comme des frères et sœurs. Voici ce qu'en dit le “livre de vie” qui leur sert de charte pour l'année:

“Pour être totalement attentif à Dieu: qu'aucun parasite ne vienne troubler l'écoute du cœur. Pour être entièrement disponible au Royaume: qu'aucune interférence ne vienne entraver ce service de l'Eglise. “Œuvres d'amour, la prière et l'évangélisation te prendront tout entier. Tu t'y investis avec toutes les forces de ton cœur. Qu'il demeure libre. Libre de se donner. Libre d'aimer. Libre de servir sans exclusive, tous ceux que Dieu te donne de servir et d'aimer.

“La chasteté est liberté lorsqu'elle est vécue comme une charité. Tu renonces à vivre une expérience d'amour, pour faire l'expérience d'un amour plus fort, plus grand, plus profond. Tu évites toute aventure amoureuse, pour vivre à plein l'aventure de Dieu dans ta vie.”

Je suis émerveillé du courage avec lequel ils le vivent: pourtant ce n'est pas évident d'attendre juillet pour se déclarer, quand un amour fort commence à surgir en novembre ou février! Eh bien, chaque année, j'en ai connus qui n'ont rien laissé paraître, pendant des mois, même pas à la personne concernée. Si bien qu'à la fin de l'année, les autres l'apprenaient avec étonnement. Seuls quelques-uns le pressentaient. Et dans deux cas, même l'aimé(e) ne le soupçonnait pas! Ils avaient tout confié au Seigneur, jour après jour, s'en remettant à Lui de cet amour, sûr qu'il était capable de le leur rendre s'il venait vraiment de Lui. Et s'il ne venait pas de Lui, eh bien, de toutes façons il ne tiendrait pas. Test très sûr que cette épreuve du temps. Pas évident quand on se retrouve à la même table, parfois dans la même petite fraternité, toujours ensemble en mission comme à la maison (une fille m'avouait qu'elle offrait au Seigneur de le regarder le moins possible, et de ne jamais s'asseoir à côté de lui à table). Pourtant ce ne sont pas des garçons et des filles extraordinaires. Ils ont même âge, mêmes problèmes, mêmes blessures affectives que toi. Simplement ils font leur vie avec Dieu et Dieu les soutient dans ce combat de tous les jours. Et ceux qui ensuite se sont mariés sont unanimes à témoigner combien cet apprentissage les avait merveilleusement préparés au mariage.

Une mystérieuse solidarité avec d'autres pauvres

Cette maîtrise de soi, si dure durant l'adolescence, elle est difficile, mais non impossible. D'abord Dieu ne demande jamais l'impossible. Il n'est pas sadique. Ce qu'il nous demande, il nous donne de pouvoir le donner.

Regarde ces jeunes qui consacrent à Dieu leur vie entière. Ils réussissent à tenir le cap de la chasteté. Pourtant, ils ont ton âge. Ils vivent dans le même monde hyper-érotisé que toi. Ils tiennent le coup, parfois de justesse, mais ils y arrivent. Et ils n'ont pas l'air coincés pour un sou, mais gais, épanouis, heureux et rayonnants. Serais-tu incapable de faire l'espace de quelques années seulement, ce qu'ils font une vie durant?

Tu te réserves temporairement pour celui/celle avec qui tu feras ta vie, comme eux se réservent en permanence pour leur Seigneur. Attente qui te donne aussi d'épouser momentanément la condition des plus pauvres d'entre les pauvres: tous ceux qui, à cause d'un handicap physique ou mental, ne pourront jamais se marier. Tous ceux qui, à cause de la prison, de l'exil, de la maladie, ne peuvent pas fonder un foyer, ou en sont, provisoirement ou pour toujours, séparés.

Deviens ce que tu es: amoureux!

Un beau jour, ça y est! C'est “elle”, c'est “lui”! Pas deux comme “elle”/“lui”! Tout à coup, quelle présence! Au dedans de toi! Aucune explication rationnelle. C'est ainsi, c'est tout. Parfois c'est la panique. Comment s'y prendre et gérer cette situation toute neuve? Pour lui faire pressentir, deviner. Pour éveiller une réciprocité... Pour l'apprivoiser...

Une nouvelle espèce de timidité se fait jour. On sera plus direct avec ceux qui ne sont que des camarades, plus simple avec ceux qui ne sont que des amis. Mais avec “elle”/“lui” je suis presque gêné. Je n'ose rien encore montrer. Je me fais plus discret, plus délicat, pour ne rien brusquer, ne rien briser (j'en connais un qui spontanément s'est mis à vouvoyer celle qu'il tutoyait: non par distance, mais par respect de ce qui était en train de naître entre eux).

Quand tu commences à aimer, le vertige te prend. Des abîmes s'ouvrent, des horizons infinis se déploient. Toute une zone de ton être se révèle à toi. Tu vas te découvrir capable d'une générosité insoupçonnée, d'une incroyable capacité de te donner.

Tomber en amour est une chose, cheminer en amour en est une autre. L'amour s'apprend, aussi bizarre que cela puisse paraître. Tout est donné d'un coup — parfois d'un coup de foudre — et, pourtant, tout reste à découvrir... Découvrir le pays de l'amour. C'est-à-dire le pays de Dieu.

“II est impossible de séparer Dieu de l'amour physique. Dieu nous a donné un corps, et ce, par amour pour nous, et par conséquent nous ne pouvons dissocier Dieu de l'amour que nous éprouvons pour telle personne. Dès que nous aimons vraiment fort une personne, une Trinité est formée: moi, la personne aimée et Dieu.”
Stéphane, 20 ans.

Oui, vivre l'expérience d'un amour de vérité, c'est plonger dans le Cœur de Dieu.

La lucidité: lumière et vérité

Les sentiments qui montent en ton cœur, ne les réprime pas d'emblée. Accueille-les. Apprends à lire et à relire ce que tu vis et éprouves. Repère où se situe le seuil entre amitié et amour.

Fais-toi aider par un grand frère, une grande sœur, qui a déjà une certaine expérience des choses de l'amour. Pour t'aider à voir clair, à éviter faux-pas et maladresses. La lucidité est vérité dans l'amour. Demeure maître de ta barque. Ne te laisse pas submerger par la tempête d'une passion. Garde un minimum de sang-froid156. Ne te laisse pas embarquer plus loin que tu ne le désirerais. Les marches-arrière sont toujours pénibles... Ne joue pas à la légère avec les sentiments de l'autre. Maintiens-toi sur cette subtile ligne de crête: “Rusé comme le serpent, candide comme la colombe.” (Mt 10,16)

Aimer: moins sentir que consentir

Aimer, c'est se donner, mais au-delà de ce qu'on peut en ressentir157. Au-delà, et de la fraîcheur de la sensibilité, et de la violence de la passion. Quoique sensibilité et passion nous propulsent sur le chemin où l'on finit par s'oublier.

Aimer, ce n'est pas d'abord vivre des élans impétueux, des états extatiques, de folles passions — quoique cela en fasse partie, bien sûr —, c'est être attentif, au jour le jour, aux choses et aux êtres: inventer mille délicatesses. L'amour s'affine, se miniaturise158.

Peu à peu, on découvre que l'amour ne peut:

  1. Ni forcer, ni commander;
  2. Ni détruire l'œuvre de l'amour;
  3. Ni arracher les dons que l'amour a donnés;
  4. Ni aimer quelqu'un dont on a peur.

Un visage qui fait exister

“Montre-moi ton visage! Fais-moi entendre ta voix! Ta voix, comme elle est douce! Comme il est beau, ton visage!”
Cantique 2,14.

Christian, mon frère non-voyant (c'est-à-dire voyant au-dedans), commentant l'Evangile de l'aveugle-né:

“L'or en fusion est un miroir où le visage du fondeur peut se refléter. Et ce reflet même est le signe que la fusion est parfaite.”

Et d'ajouter ce mot de feu:

“Etre pur, c'est être tout entier dans celui que l'on regarde!”

Plus brûle ton amour, plus tu y découvres le visage de l'autre. Ce mot griffonné sur un billet, lors d'un rassemblement-jeunes à Saint Pierre d'Albigny: “Je ne savais pas que le visage de l'autre pouvait donner envie d'exister!”

Eric, tu te mets à exister quand Claire te regarde, dans un amour d'or et de feu159. Son regard est alors reflet de celui de Dieu posé sur toi.

A ton tour, ton amour suscite en elle le meilleur d'elle-même. Sous ton regard, elle se sent exister. Tu la vois comme Dieu la voit: discernant toujours le meilleur. Tu lui révèles ses trésors, ses dons, tout ce dont elle est capable et qu'elle ignore peut-être. Ce qu'elle porte de plus grand, de plus beau et qu'elle ne sait peut-être pas. Et, à son tour, son regard à elle opère en toi. Ainsi, apprends-tu à regarder comme Dieu. Donc, tu l'aimes pour tout ce qu'elle est. Tu la reçois toute entière. Tu ne sélectionnes pas ce qui te plaît et ce qui ne te plaît pas. Ce que tu n'aimes pas encore en elle, ne vas-tu pas finir par l'aimer?

Une mutuelle agapé-thérapie160

Mais tu la découvres aussi en ses défauts, ses carences, ses pauvretés, ses limites.161 Là aussi, tu te mets à l'aimer comme Dieu l'aime: d'un amour de compassion, c'est-à-dire qui souffre avec, qui comprend, qui veut partager et surtout guérir. Ton amour se pénètre de “miséricorde” (le cœur qui s'ouvre sur la misère). Tu ne l'aimes pas uniquement pour ses qualités, ses dons, ses capacités, ses compétences, sa beauté, mais très spécialement pour ses fragilités, ses failles, ses blessures.

Tu te laisses attirer par ce qui est le plus vulnérable en elle. Grâce à la confiance totale que vous apprenez à vous offrir, et à accueillir. Ce qui en elle à besoin d'être guéri, et qui, précisément, va guérir par ton amour même. Elle a pu être blessée par des carences d'amour, des frustrations d'enfance, mais en se laissant aimer par toi, elle entre dans une enfance neuve. Elle se laisse recréer par toi. Ah! ce fantastique pouvoir de l'amour: recréer tout ce qu'il touche. Guérir ce qu'il étreint.

“Je t'aime non pas tel que je rêve que tu sois, mais tel que tu es. Tel que la vie t'a façonné, même et surtout si elle t'a abîmé. Je veux tout connaître de toi, tout connaître de ton enfance, en savoir toutes les blessures. Et je veux que tu connaisses les miennes. En nous offrant mutuellement nos blessures, peu à peu, nous guérirons l'un par l'autre. Plus tu as souffert, plus je t'aime.”

Peu à peu, elle se sent aimée, comprise, regardée, non pour ce qu'elle paraît, mais pour ce qu'elle est. Elle se met à croire en elle-même. Simplement parce qu'elle est — enfin, enfin! — aimée là où elle était méprisée. Accueillie, là où elle était rejetée. Ce qui en elle provoquait le rejet, en toi suscite la tendresse! Tu te rends compte, quelle fantastique ouverture à la vie! Quelle re-naissance! Et toi, Eric, tu es ainsi le jeune médecin de son cœur blessé. Et ce que tu fais pour elle, elle le fait pour toi. Mutuelle thérapie d'amour (valant toutes les psychothérapies, si bénéfiques puissent-elles être dans certains cas.)

Ton regard transfigure ses blessures. Maintenant qu'elle se sent aimée à cause de ses blessures mêmes, et non malgré elles, elle en comprend le sens. L'amertume, la révolte en disparaissent. Devant toi, elle n'a plus peur d'être elle-même. Plus honte d'être pauvre, faible et petite. Ne t'es-tu pas révélé à elle comme aussi pauvre, faible et petit?

Une merveilleuse école de pauvreté

Mais voici que le fait même d'aimer te révèle à toi-même tes propres failles, faiblesses, limites.

Tant que tu étais seul, tu pouvais frimer, fantasmer, t'imaginer capable d'héroïsme. Mais voici qu'aimer te force à sortir de toi, à te dépasser, à t'oublier. Ce qui compte, c'est Claire. Ce qu'elle pense, aime, désire, elle. Alors, comme tu te sens pauvre! Pourras-tu lui donner tout ce qu'elle attend de toi? Seras-tu à la hauteur de son amour? Tu te sens tout petit, tout fragile.

Etre amoureux: rien de tel pour briser ton orgueil, t'arracher à ton égocentrisme, ton narcissisme. L'amour te dé-centre de toi-même. Bat en brèches tes instincts de possession et de domination. Tu en deviens faible et pauvre. Mais voilà: plus tu es faible et pauvre, plus elle va t'aimer. Puisqu'elle aussi t'aime, non pas d'abord pour ta force, tes capacités, tes prouesses ou tes promesses, mais avant tout parce que tu lui ressembles en ses pauvretés.

Ainsi l'amour en vient à te dé-posséder de toi-même. Tu lui appartiens plus que tu ne t'appartiens. Tu veux être tout entier à elle, et d'autant moins à toi. Tu es comme dépendant d'elle, suspendu à elle.

“Le véritable amour dévore celui qui aime mais respecte celui qui est aimé. Alors que la plupart du temps, dans les travestissements de l'amour c'est le contraire qui a lieu. Dans le vrai amour, c'est celui qui aime qui est possédé par l'autre et non pas qui possède l'autre. On est un, parce que l'amour nous unit, deux parce que l'amour nous respecte; trois parce que l'amour nous dépasse.” 162

Nul n'est vulnérable comme l'amoureux!

“Tout ce qui aime est faible. Mais est-ce l'amour qui rend faible, ou la faiblesse qui rend aimant?” (Gustave Thibon.)

Rien, comme l'amour, ne rend vulnérable. Je ne peux plus être indifférent devant Claire. Tout ce qui l'atteint me touche au plus intime, me bouleverse, me met sens dessus-dessous.

Mon système de défense se met à craquer. Mes masques se fissurent. Je ne puis rien lui cacher. Elle devine déjà tout de moi. Vivre une totale transparence! Qu'elle connaisse tout de ma vie, de mon être. Sinon, est-ce l'amour?

Serait-ce pour cela que les exigences de l'amour peuvent faire peur? On brûle de se laisser faire, et en même temps on prend la tangente.

“Ce soir encore, j'ai le cœur qui pleure. Je me sens si sale de l'intérieur. Je viens de faire souffrir un garçon qui m'aimait. Il me tendait les bras et je l'ai rejeté. J'ai eu peur de son amour. Je ne sais vraiment plus qui je suis, ce que je veux. Au plus profond de moi-même, je désire être aimée pour moi-même, mais dès que cela est, je prends la fuite. Je crois que j'ai peur d'être aimée. J'ai peur de l'Amour, est-ce possible?

Avec Jésus, je suis si bien, si paisible, mais dès que cet amour se fait plus violent, je panique, je n'y crois plus. M'aimer, moi? est-ce possible? Trop longtemps on s'est moqué de mes pensées, de mon corps. Je n'ai plus confiance en moi. Je crains continuellement qu'un amour, quel qu'il soit, soit intéressé.”

Thérèse, 20 ans

S'il n'y a pas d'amour, être vrai par amour

Par ailleurs, ne te culpabilise pas, si son amour ne provoque pas forcément le tien. La réciprocité n'est jamais automatique, car le cœur de chacun reste totalement libre. Ne te crois pas forcée d'aimer Eric, du simple fait qu'il t'aime. La perche t'est tendue, la question t'est posée, la balle est dans ton camp; mais il faut que tu demeures toi-même, en toute vérité de cœur. Ne te culpabilise donc pas si tu blesses du simple fait que de ton côté il n'y a qu'une amitié, alors que du sien le cap est passé de l'amour. Si pour toi il n'est qu'un chouette copain, alors que pour lui tu es déjà la femme de sa vie. Simplement, dès que la chose est claire pour toi, sache le lui dire, pour qu'il ne se berce pas d'illusions. Des non-dits prolongés peuvent être un cruel suspens. Plus tu attends, plus la redescente lui sera amère. Donc, ni te précipiter, ni trop traîner. Prie pour en savoir le moment et la manière ; une manière douce, compréhensive, sachant que cela lui sera flèche au cœur. (Parfois, l'aide d'un(e) ami(e) peut simplifier les choses.) L'essentiel est que la vérité soit dite et faite, en transparence et par amour. Dans la lumière, donc dans la prière.

Ma douleur est belle, elle est d'amour

Et maintenant, à toi qui as mal à cause d'une non-réprocité d'amour, ou d'un amour qui a été déçu! Tu as peut-être été plaqué brutalement, incompréhensible-ment, et pour des raisons qui te paraissent tellement futiles. Et voilà que tu n'oses plus croire à la possibilité d'un amour vrai et fidèle.

Tu te souviens, Pierre? Tu étais venu dans mon ermitage, le cœur en mille morceaux. Si souvent tu m'avais parlé de Geneviève, comme un enfant ébloui! Tu t'étais épuisé pour elle depuis plus de deux ans, presque ruiné à force de lui faire cadeau sur cadeau. Tu avais renoncé à tant de choses, toujours pour elle! Pour l'accompagner, tu faisais ce ski que tu n'aimais pas. Mais ainsi, tu payais remonte-pentes et restaurants. Espérant, envers et contre tout, arriver à susciter son amour! Chaque soir, tu la raccompagnais après l'école, risquant de louper tes examens. Pour elle, que n'avais-tu pas fait? Et voici que — brutalement — tu venais de recevoir, par la poste, son faire-part de mariage... Et elle ne t'avait rien dit! Peur de ne pas savoir comment s'y prendre?

Pierre, maintenant que tu es un époux heureux, que tu as, sinon oublié, en tout cas pardonné, te souviens-tu de ce que je t'ai alors dit? “Ta blessure est celle même de Dieu. Personne, jamais, n'a aimé comme Lui. Chacun, comme s'il était seul au monde. Et voici: cet amour est rejeté, méprisé, bafoué. Par ceux-là mêmes dont II est follement amoureux. Beaucoup qui l'ont aimé le lâchent, sans motif. Son cœur en est transpercé. Un amour déçu, II sait ce que c'est comme personne! Alors, confie à ton Roi ton désarroi.

Et puis ne doute pas que le Seigneur mettra sur ta route celle pour qui tu es fait. S'il y a eu échec cette fois-ci, surtout ne le projette pas sur l'avenir!

Enfin, à celui qui t'a trompé, pardonne! Ne lui en veux pas! Ne te laisse pas enchaîner à ton passé en ruminant sans fin cet épisode de ta vie, aussi douloureux soit-il. Le ressentiment infecte tout sentiment. Prie pour que l'autre n'en soit pas trop blessé non plus... Prie déjà pour celui avec qui elle fera sa vie. Alors ton cœur sera en paix. Il pourra accueillir sans ombre un amour nouveau.”

“Lorsque j'ai rencontré François, en quelques mots échangés, mon âme était devenue comme intérieure à la sienne: comme si la source d'amour jaillissait et reconnaissait celui qui portait le Seigneur. De là est né un abandon complet à l'Œuvre de Dieu en notre cœur. Puis, cette décision à cause du milieu, du jour au lendemain: une blessure très profonde en moi. Il avait l'air libéré, que puis-je faire de cette blessure? J'ai l'impression que mon cœur s'est desséché. Comme l'Agonie du Christ devait être terrible! Comme il est difficile de vivre un non-amour!

“Lorsque je regarde mon entourage, je m'aperçois des urgences de l'Amour dans les petites choses du quotidien. Je pense à tous ces êtres qui manquent d'affection. Que peut-on leur donner? Ce que j'aimais beaucoup en François, c'était tout l'amour qu'il pouvait donner aux autres. Je ne voulais surtout pas dévier son amour, par moi. Dans la confiance, Seigneur, je te remets ma douleur... Elle est si belle car elle est d'amour.”

Sylviane, 21 ans.

Elle a trouvé: l'affection dont elle est brutalement sevrée de la part de François, elle va la donner à ceux qui en manquent. Sa souffrance d'amour l'ouvre à ceux qui sont en carence d'amour. Lorsque le “petit faible” que tu éprouves se heurte à une indifférence, alors — pour en guérir la blessure — tourne-toi vers le blessé, le différent, le faible, le petit. Ta passion (d'amour et de souffrance) en deviendra compassion (souffrir-avec, par amour).

Comment aimer, si tu laisses le cœur à la porte?

Dans ces coups de grisou du cœur, comme la foi peut mettre de lumière! Elle permet le pardon, elle ôte du cœur la rancœur, donne la paix! Mais la foi n'est pas seulement belle en cas de coups durs. Elle lance des éclairs dans l'amour lui-même. Quand une même foi peut être partagée, qu'est-ce que cela change une relation! Un domaine nouveau, immense, s'ouvre. Des perspectives à l'infini... Incomparable terrain de dialogue et d'échange, qui n'ôte absolument rien aux autres terrains de communion, mais leur donne à tous une dimension merveilleuse de profondeur. On se met à vivre une relation à trois. Le Seigneur est là, invité, reçu, entouré, aimé. On peut prier ensemble. On le fait intervenir par son pardon, sa parole, son corps, sa Mère. Tout ceci pour dire que si tu es en recherche de l'être avec qui tu feras ta vie, n'hésite pas à chercher d'abord et de préférence parmi ceux qui partagent ton amour du Seigneur.

Bien sûr, on peut s'aimer d'un amour authentique et profond — Dieu merci! — sans qu'il soit explicitement connu et re-connu, aimé et loué. Mais, tout de même! Quel appauvrissement mutuel dans ce cas! Quelle réduction de l'horizon de l'amour! Souvent, j'ai touché du doigt la différence.

Par ailleurs, la foi, au lieu d'être ce merveilleux lieu de rencontre, peut devenir douloureuse pierre d'achoppement, quand elle n'est pas partagée. Vécue par Claire, rejetée par Eric! Elle se sent écartelée entre deux amours! Comment conduire son Eric, vers son Jésus? Elle pressent combien leur vie conjugale pourra en être irradiée. Mais là aussi, il lui faut respecter sa liberté. Claire, tu ne peux que multiplier les délicates invitations. Mais surtout laisse simplement rayonner cette Présence en ton cœur. Sois simplement toi-même. Que tout ce que tu es, en laisse transparaître la source. N'aie pas peur de parfois en parler mais sans le forcer, sachant attendre son heure. Alors, tu es comme Dieu lui-même qui ne peut que jouer de la flûte devant ta maison, sans jamais en briser la porte.

Et toi Eric, de ton côté si tu ne crois pas, ou mal, et que le Seigneur fait partie intégrante de la vie de Claire, alors, ouvre-toi à une rencontre avec cet étrange Jésus qu'elle aime. Non en concurrence avec toi, mais à l'intérieur même de son amour pour toi. Elle t'aime dix fois plus à cause de Lui. A cause de Lui, elle sait si facilement te pardonner, te comprendre avec tant de finesse. Ouvre-toi, non pas forcément pour sauver l'amour qui existe déjà entre vous, mais pour y mettre tout plein de soleil! Ne fut-ce que par amour de ta Claire, pour son unité intérieure, et donc sa joie et sa paix.

Dis-toi au moins ceci: si Claire, si intelligente, belle et douce, est à ce point croyante, le moins qu'on puisse dire est que la foi c'est pas du bidon ou du bluff...

N'aie pas peur de t'ouvrir à une expérience de Dieu. N'aie pas peur qu'il vienne troubler ou simplement ternir votre amour. Ce sera le contraire! Vivre Dieu ensemble, rien de tel!

Si tu veux aimer, viens et vois!

Oui, vois comme il a aimé, Lui: effectivement fou d'amour. Comme personne, jamais, ne l'a été. Passionnément: jusqu'à la Passion même. De tendresse il a aimé sa Mère et ce plus jeune de ses disciples, qu'il confiera d'ailleurs à sa Mère. Regarde-le poser la tête sur sa poitrine au soir des dernières confidences (Jn 13).

Sur les êtres méprisés, raillés, rejetés, marginalisés, il jette un tel regard qu'ils en sont réhabilités, trans-figurés. Sur la femme de Samarie, qui en est à son sixième homme (et voilà qu'éblouie elle découvre le septième: l'Homme). Sur Myriam, la prostituée de Magdala: son seul regard suscite en elle un tel amour qu'elle suivra jusqu'au bout: jusqu'à cette croix où Lui-même est allé jusqu'au bout de l'amour (lis saint Jean 4, 8; Luc 7, 36).

Balise ta route de pauses-regards

Comment donc aimer, sans ces longs face-à-face avec l'Amour en personne? Et non pas seul, mais avec celui/celle que j'aime. C'est fou ce que prier peut mettre de liens profonds, de secrètes connivences entre deux êtres qui s'aiment. On découvre l'autre en ses profondeurs: tel qu'il est tourné vers Dieu, en son cœur profond. On le surprend dans sa relation intime au Seigneur: c'est toute une zone de son être que je ne soupçonnais pas, qui, tout à coup ou peu à peu, se dévoile à mes yeux étonnés. Une étrange beauté, insoupçonnée jusque-là, m'apparaît. C'est si bon d'entendre exprimer à haute voix, ou dans un murmure, ce que l'autre a sur le cœur. C'est bien son visage, mais vu sous un autre angle, tel que tourné vers Dieu.

Alors, voici: entre vous, la Source même de tout amour. Dieu n'est-il pas Cœur?

 

Distribué par Déjeune qui Prie, Vétroz, Suisse.

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