Des raisons incertaines, des questions par centaines
Ta tendance homosexuelle, tu peux la ressentir comme une secrète humiliation, refuser de l'admettre bien qu'elle te saute aux yeux, en souffrir comme d'une maladie que tu crois incurable85, l'assumer comme un irrémédiable handicap. Ou t'en satisfaire comme d'un légitime équivalent de l'hétérosexualité, espérant y trouver ton épanouissement sans problèmes.
Autrefois, on portait cela en silence, comme une honte inavouable, maintenant on peut en parler, en toute simplicité, le confier sans en rougir. Et c'est un immense avantage. Tant d'entre-vous m'en ont parlé, si simplement!
Parenthèse ou prothèse? Ponctuel ou structurel?
Si tu n'as que 15-20 ans, ta pente homosexuelle peut très bien être simplement liée au stade de la puberté, ou à un temps prolongé d'adolescence.86 Il est fréquent que, dans un premier temps, la sexualité soit ambivalente: attirée vers l'un ou l'autre sexe, elle se recherche.
Elle tâtonne. Mais relativement vite, elle se précise et devient exclusive ou simplement préférentielle.
Si tel est le cas, ne t'en fais pas: cela te passera, comme de soi, et parfois, sans même que tu t'en aperçoives, sinon après coup: “Tiens, c'est l'autre sexe qui commence à m'attirer!” L'homosexualité n'aura été qu'un passage transitoire, une parenthèse. Il se peut que cette tendance première soit liée à un acte commis ou subi, lors de l'éveil normal de ta génitalité, ou même plus tôt, et qui dès lors a été d'emblée orientée dans cette direction... Ou plus simplement, à un manque d'éclairage, d'information vraie, en cette période d'indétermination. Si ce n'est pas des jeux d'enfants.
Ou bien, ce peut être beaucoup plus profond, durable, comme enraciné en tes profondeurs. Tu as l'impression que cela fait partie de ton être même. Tous les phantasmes vont dans ce sens, et cela, depuis “toujours”. Alors, lancinante la question: serait-ce structurel? Irréversible? Irrémédiable? Psychologie et physiologie: hiatus?
Dans les deux cas, celui d'une phase transitoire ou celui d'un enracinement profond, cela peut n'en rester qu'à l'état de tendance mineure, d'inclinaison, de penchant. Ou bien, avoir déjà été pratiqué, exercé. Et ceci soit de manière ponctuelle et comme en passant, soit de manière plus fréquente et habituelle, jusqu'à devenir une habitude, difficilement déracinable, difficilement contrôlable.87 Céder à une tendance, c'est risquer de s'y enfermer. Il y a un monde entre la tendance et l'activité effective.
Ce sexe tellement complexe!
Que d'éléments différents, parfois contradictoires, ont pu interférer dans la naissance et le développement de cette tendance!
- Facteurs de société: un monde autistique?
Indépendamment de ce que tu es, le monde ambiant a pu t'influencer, te marquer, te conditionner. Même inconsciemment. Mais il est bon d'en prendre rapidement conscience.
- Nous vivons dans un monde qui récuse, rejette, ou redoute la
différence. On se détourne de celui qui est autre: l'étranger,
l'handicapé, le punk: on les marginalise. Et en premier lieu, on se
méfie de Celui qui est Tout-Autre: Dieu. On ne le tolère qu'en
l'identifiant à l'homme, en reniant cette Condition divine qui le rend
d'Ailleurs. On s'écarte de celui qui a un autre tempérament — caractère,
milieu familial — et finalement... un autre sexe. A la limite, on en
fait un anormal! La norme: ce que je suis. On est attiré par la copie
conforme. On se fie aux atomes crochus. On recherche les complicités
naturelles.
Bref, les semblables s'assemblent: on se capsule!
- Monde où a été gommée même la différence entre homme et
femme. Où tout est bêtement nivelé, anonymisé, dé-personnalisé:
l'homme se féminise, la femme se virilise. L'enfant mime l'adulte,
l'adulte adule l'ado. L'idéal devient androgyne.88 Impossible parfois de reconnaître un visage:
garçon? fille? On jalouse le sexe de l'autre, on se travestit.
- Monde dur et brutal: des hommes refusent cette violence masculine.
Ils récusent ce modèle masculin caricaturé, sans cesse imposé par la pub:
le macho supermusclé, bestial sur les bords, qui n'aurait que des
pulsions! Alors que tout homme porte, comme les femmes, un besoin de
tendresse et d'affection. En rejetant cet archétype qu'on leur impose
comme seule manière d'être homme, ils vont jusqu'à rejeter leur
masculinité. Ils cultivent et se laissent attirer par cette espèce de
douceur, de délicatesse, de sens esthétique qui caractérisent beaucoup
d'homosexuels. Caractère répulsif pour les uns, attachant pour d'autres,
qui ferait partie de leur charme, s'il n'était comme une usurpation de
ce qui est spécifique de la féminité.
- Monde où l'on ne pardonne pas au garçon de n'avoir pas fait
d'expériences sexuelles. Pour la femme qui est plus passive dans l'acte
amoureux (passif n'a rien de péjoratif!), on admet plus facilement son
manque de
savoir-faire en la matière. Mais pour le garçon, rien de tel: un homme
vierge est plus que ridiculisé!
De plus, tout faux pas, tout “raté” dans le domaine de la sexualité est source de railleries, d'ironie qui marquent souvent à vie. Alors... La peur face à cela, peut entraîner une fuite de cette nécessaire initiation au langage de l'Amour qu'est la sexualité, en le contournant par l'homosexualité. “L'autre”, alors, a souvent plus de bienveillance face au non-savoir-faire que n'en aurait une fille...
- Monde enfin qui prône explicitement l'homosexualité, partout
normalisée, comme une excellente alternative à l'hétérosexualité. Tu as
pu être la victime innocente de tant de flashes publicitaires, de
vidéos, de clips ou de films, dont les incitations sans équivoque ont pu
rejoindre ou éveiller ces latentes complicités, dont nous sommes tous
porteurs, à l'adolescence surtout. Monde où toutes les sensations font
partie des expériences qu'il faut avoir faites. Véritable culture
homosexuelle.
- Nous vivons dans un monde qui récuse, rejette, ou redoute la
différence. On se détourne de celui qui est autre: l'étranger,
l'handicapé, le punk: on les marginalise. Et en premier lieu, on se
méfie de Celui qui est Tout-Autre: Dieu. On ne le tolère qu'en
l'identifiant à l'homme, en reniant cette Condition divine qui le rend
d'Ailleurs. On s'écarte de celui qui a un autre tempérament — caractère,
milieu familial — et finalement... un autre sexe. A la limite, on en
fait un anormal! La norme: ce que je suis. On est attiré par la copie
conforme. On se fie aux atomes crochus. On recherche les complicités
naturelles.
- Facteurs personnels: de l'amour en serre chaude?
Ici, que d'impondérables ont pu jouer! De combien d'éléments tu as pu être le jouet!
Atavisme? hérédité? Equilibre hormonal anormal? Est-ce constitutif ou requis? Biologique ou psychologique? En tout cas, multicausal. Avoir, parfois très jeune, été sodomisé (tragiquement fréquent). N'avoir eu qu'une fratrie, ou que des camarades ou amis du même sexe, et voilà qu'on sait si peu de l'autre! Une puberté mal vécue, et voilà qu'on cherche désespérément à reprendre ce passage raté. A le refaire avec un autre...
Fille, tu ne soupçonnes peut-être pas la réalité de la tendresse d'un père ou généralement d'un homme.
Garçon, tu n'as peut-être jamais connu ton père, ou seulement un père lointain, faible, évanescent, distant ou carrément absent (d'une génération où facilement le père démissionnait, n'assumait pas ses responsabilités). Peut-être cherches-tu alors — mais désespérément — cet élément masculin dont tu as été frustré. A “venger” un père méprisé par une épouse devenue trop dominatrice (parce qu'obligée d'user d'autorité vu l'absence du père). A prendre des distances par rapport à une mère possessive, attendant de toi ce que son mari ne lui donne peut-être pas. Te voilà alors en réaction contre l'élément féminin qui t'a brimé.
Ou bien, tu as eu des parents ayant rêvé que tu sois de l'autre sexe, et te faisant jouer à ce garçon, cette fille que tu n'es pas. L'homophile serait-il infantile? Ce peut être encore la peur des heurts de caractères, tensions et tiraillements, si tu en as souffert dans ta famille.
Ou simplement la peur du long travail à s'ajuster à un autre, en tout différent de toi. Peur égoïste de se perdre un peu, de devoir s'oublier face à l'attente d'une personne différente... Peut-être aussi n'as-tu jamais vu un couple où l'homme et la femme s'équilibrent harmonieusement? Ou encore: un rapport hétérosexuel où tu aurais été méprisé par ton partenaire: “Tu sais pas t'y prendre! t'es incapable. T'es pas un vrai garçon (ou fille).” Et, traumatisé, tu te replies frileusement sur le même sexe.89
Joue encore la peur de l'inconnu, de la nouveauté, de la découverte. Avec un partenaire du même sexe, tu connais d'avance là où tu avances, ses réactions et physiologiques et psychologiques. Le terrain conquis est terrain connu. Cette terre, on en fait une serre chaude, où il fait bon d'être ensemble et semblable. Cocon hermétique où l'on finit par étouffer.90
Mais du même coup, tu te fermes à ce rajeunissement constant qu'impliqué la découverte, l'inconnu, la nouveauté.
Finalement, n'est-ce pas un besoin de sécurité? Ce qui est tout autre insécurise, déstabilise. Force à se dépasser.
Une certaine timidité y aide, qui vire facilement à l'inhibition, ou à un complexe devant l'autre sexe. “Et si je ne savais pas m'y prendre, de quoi aurais-je l'air? C'est trop grand pour moi!” Chez d'autres, ce sera la peur d'assumer le risque de procréer, malgré toutes les précautions éventuelles pour parer à toute éventualité. Au moins, en homosexualité, on est tranquille de ce côté-là! Ou bien après l'échec d'un premier amour, la peur de retester l'expérience. La peur, la peur... peur confuse, peur diffuse... L'homosexualité te rendrait-elle donc prisonnier de la peur?
Oui, comme le sexe est donc complexe! Tant d'événements de notre existence, d'éléments de notre milieu familial et social, de facteurs de notre psychologie, semblent s'y entre-croiser mystérieusement. Notre vie y retentit. Notre amour s'y infléchit. Et seul Dieu sait tout de ce que nous sommes.
Ces facteurs et tant d'autres encore, ont pu jouer, parfois plusieurs à la fois. Et peut-être aucun de ceux-là! Ne t'inquiète donc pas si tu ne t'y retrouves pas.
Mais finalement peu importent les raisons précises. Peu importent les influences, incidences, expériences ou conséquences. Ce qui compte: celui celle que tu es aujourd'hui. Et comment gérer au mieux cette situation que tu n'as pas choisie. Cette situation que tu subis.
Gadget de luxe, injustice de plus
Dans les pages qui suivent, je parlerai à et de ceux qui sont atteints par l'homosexualité malgré eux. Et non de ceux qui la pratiquent par pure (si l'on ose dire!) perversité, par curiosité malsaine, histoire de s'amuser et de faire des expériences, alors qu'ils sont normalement constitués, et ont par ailleurs des relations hétérosexuelles. En effet, de plus en plus nombreux sont les ambi-sexuels pour qui il s'agit d'un gadget de luxe, d'une jouissance de plus. Histoire de vogue. Cela est d'autant plus révoltant que leur vie sexuelle peut très bien s'épanouir par ailleurs.91 Véritable camouflet pour tous ceux qui subissent douloureusement une homosexualité involontaire, et dont certains font des efforts héroïques pour ne pas y céder, rêvant de pouvoir s'épanouir dans une sexualité normale, tout en étant dégoûtés ou effrayés à la seule pensée d'une relation hétérosexuelle.
Donc faire la différence capitale, entre ceux qui vivent ou subissent une homosexualité non voulue, et ceux qui librement la choisissent, pour ne pas dire la prônent, la promeuvent, la programment, la provoquent par tous les moyens — directs ou indirects — jusque chez les enfants. Créant ou favorisant toute une culture, un mode de vie et de pensée, une mode tout court, exclusivement, sinon agressivement, homosexuels. De ceux-ci on peut dire qu'ils sont criminels, coupables parfois d'homicides involontaires: que de jeunes, et même d'enfants, emportés par le Sida, simplement parce qu'ils ont été un jour les victimes d'irresponsables en quête de plaisir!
Des questions trop lourdes à porter tout seul
Homosexuel, tu t'es un jour découvert tel! Très tôt ou sur le tard. Progressivement ou brutalement: sous le choc d'une émotion ou d'une expérience, précoce ou non.
Parfois, ce fut la révolte.92 Avant de finir par t'y résigner et assumer, vaille que vaille, ta condition. Parfois, il a fallu des mois et des années pour t'en remettre, et pour admettre.
Dans tous les cas, tu as commencé par en être perturbé, déstabilisé. Du moins lorsque tu as réalisé que tous n'étaient pas comme toi, et que tu pressentais que quelque chose clochait quelque part.
Que de questions ont alors afflué à ton esprit! “Si mes parents l'apprennent ne vont-ils pas cesser de m'aimer? Comment le leur laisser deviner, sans vraiment le dire? Jusqu'où le cacher? Dans ma famille, vais-je être rejeté, exclu? Comment avouer que je ne peux pas me marier? Dans une société majoritairement hétérosexuelle, ai-je un avenir professionnel? Si mon orientation sexuelle vient à être connue, serai-je mis à la porte? Devrai-je rejoindre des ghettos? Vivre dans la clandestinité?”
Si tu es croyant, le questions redoublent: “Suis-je pécheur? Pourquoi Dieu m'a-t-Il fait ainsi? Serai-je rejeté par l'Eglise? Trouverai-je une communauté chrétienne qui m'intègre tel que je suis? Pourrai-je vivre l'Evangile sans compromis?”
Et plus profondément, c'est une crise d'identité qui se déclenche: “Suis-je normal? Coupable? Suis-je condamné à ne pas pouvoir vraiment déployer toute ma capacité d'aimer? Cette blessure, vais-je la garder toute ma vie?”93
Eric, Jean-Charles, Sylvaine, à 14-15 ans déjà, vous me posiez ces questions terribles. Trop lourdes pour vos faibles épaules. Vous en étiez écrasés. Vous n'aviez personne à qui les confier. Parfois, des années durant vous les portez seuls, seuls, seuls... Désespérément seuls! Il vous en reste un malaise, vous vous sentez mal dans votre peau. Entre deux eaux. Certains d'entre vous pour y échapper, ont fini par opter pour une solution draconienne. Au prix d'une coûteuse opération, vous vous êtes fait “transexuer”, changer vos organes génitaux, du moins les apparences. Mais alors, combien n'arrivent plus jamais à s'en remettre, devant l'irréversible. Cela n'a finalement rien solutionné, et maintenant il est trop tard!
Beaucoup, sans aller jusqu'à cette extrémité, vivez en travestis, mais au fond de vous-mêmes, vous sentez bien que c'est un double jeu, une aliénation, une sorte de schizophrénie esthétique. Sylvain, Rejean, Yvan, dans votre piaule de Montréal, quelle détresse je lisais dans vos yeux, quand vous me posiez la question de vous faire carrément opérer! Ai-je réussi à vous dissuader de l'irréparable?
Le poids de ces questions si lourdes, n'est-ce pas celui des problèmes, conflits, déviances qui ne sont pas les tiens? Qui sont ceux de la société, de ta famille, de ton entourage. Tu les reçois comme un héritage injuste, empoisonné. Tu en écopes. Tu payes les pots cassés. Qu'y faire? Qu'en faire? Quoi faire?