Introduction: sur la sexualité, flasher le soleil!
Qui te parle et pourquoi...
Est-il maître, gourou, prof, éducateur spécialisé, expert, conseiller technique, assistant social, psychologue chevronné? Ou encore extra-terrestre?
Simplement un petit frère de chair et de sang: même chair et même sang d'humanité. Et pour ceux d'entre vous qui sont baptisés: même chair et même sang du même Seigneur Jésus. Un frère qui a un cœur comme le tien: fait pour aimer et se laisser aimer. Un corps comme le tien: fait pour vivre et donner la vie, comme toi assoiffé de bonheur et de beauté. Et l'impureté et la chasteté, je sais ce que c'est. L'humiliation des dérapages, la violence des tentations, mais aussi le bonheur apaisant de la pureté, je sais ce que c'est. Lutter pour tenir dans la lumière, implorer le Pardon pour repartir à zéro, je sais combien c'est dur. Mais tonifiant en même temps!
Ce petit frère est aussi, depuis peu, prêtre de Jésus. Tu me diras: mais alors de quel droit parler de ces questions?
Primo: un prêtre connaît mêmes combats et mêmes tentations que tout jeune à qui l'Eglise ose demander de vivre sa sexualité sans l'exercer physiquement avant le don total de lui-même. Voilà pour ce qui est avant le mariage. Je l'écris en tant qu'homme.
Secundo: il sait aussi et la croix et le bonheur de tenir dans la fidélité à un conjoint au long des jours. Et voilà pour ce qui en est de l'engagement au mariage. Je l'écris en tant qu'homme s'étant “marié” avec la personne de Dieu une fois pour toutes et pour toujours.
Tertio: les deux conditions de vie (mariage et célibat d'amour pour Dieu) s'éclairent l'une l'autre. Et j'aime quand des personnes mariées écrivent ou parlent des consacrés, et vice-versa1.
Quarto: si je n'ai aucune compétence médicale, psychologique, sociologique, pour en parler, j'en parle comme faisant partie du Corps diplomatique de Dieu. C'est le rayon-laser du regard de Dieu que je projetterai sur ces questions brûlantes. Et là, j'ai la compétence spirituelle que donne l'expérience de l'Eglise, experte en humanité. Enfin et surtout: en tant que jeune prêtre, je reçois une multitude de confidences, aussi bien de personnes mariées que de jeunes2. Fascinante expérience humaine et divine!
Le fruit de mille confidences
Oui, vous êtes des centaines à m'avoir confié — de vive voix ou par écrit — problèmes et difficultés, à la suite de nombreuses veillées “Ton corps fait pour l'amour”, ou de la lecture de ma brochure portant le même nom.
Pourquoi donc me confier de ces choses si intimes, que tu avouais n'avoir jamais osé dire à un autre? Ta confiance m'a bouleversé. Je voudrais en être digne... Je tremble de te décevoir. A tes questions, j'essayerai de répondre. En laissant surtout d'autres jeunes te répondre eux-mêmes.
Je me permets de te tutoyer: que ma parole t'atteigne personnellement , comme si nous étions tous les deux nous regardant les yeux dans les yeux. Comme si tu étais seul au monde: n'es-tu pas unique au monde? En même temps, je rêve que ces vérités de lumière puissent atteindre ceux dont la nuit est la plus noire, ceux que personne ne rejoint jamais sur une route de solitude et d'errance. Ceux-là mêmes que nous aimons tellement rencontrer au long de nos virées d'Espérance-transfusion: en taule, boîtes, métro, trottoirs “chauds”. Chaque fois, nous sommes bouleversés par l'attente secrète qui se lit dans les regards. Regards parfois éteints, où soudain s'allume une clarté venue de très loin: celle d'une aube.
Derrière chacune de ces pages, comme en filigrane, se dessine pour moi tel visage précis, et résonne encore à mes oreilles telle confidence discrètement glissée, telle question brutalement posée. Chaque page sera donc l'écho d'une rencontre, d'un partage, dans un bistrot, une prison, un hôpital psychiatrique à Montréal, Bruxelles ou Paris: n'est-ce pas partout une même jeunesse qui agonise du dedans, jeunesse en crise d'infini, mais déjà belle de la radieuse beauté de Dieu?3
En plein soleil, la sexualité!
Au long de ces pages, c'est donc Dieu lui-même que nous allons oser interroger4. Qui mieux que Lui sait ce qu'est notre corps? Il l'a inventé. Il l'a fait de ses propres mains, et de matière et de lumière... Avec son propre corps — puisqu'il est venu vivre sur notre terre — il l'a refait, et pour toujours et dans l'amour. Sur notre corps n'aurait-il donc aucun droit d'auteur? D'auteur et de sauveur? Et qui mieux que Lui, sait ce qu'aimer veut dire, Lui dont c'est l'unique métier?... Que peut-il faire d'autre qu'aimer, dis-moi? Qui mieux que Lui, sait ce qu'est vivre , Lui qui donne et re-donne la Vie? Voir la sexualité dans la lumière de ses yeux, à Lui, c'est la voir face à face, telle qu'elle est. Tout autre regard est myope. Toute autre approche déforme la réalité. “Est obscène ce qui s'arrête à mi-chemin du mystère. L'érotisme est un arrêt de parcours.”5 Tant que notre sexualité n'est pas vue dans une optique éternelle, elle ne pourra être qu'une pratique passionnelle. C'est-à-dire passagère et vide, et non messagère de vie.
Projeter la sexualité en pleine lumière, c'est la restituer à cette aurore où elle est née: née du Cœur de Dieu. Dieu! Pardonne-moi si j'en parle tant ici, et si tu n'y crois pas! Que cela ne te blesse pas! Il a pu être caricaturé à tes yeux. De toutes manières, que tu le saches ou non, cela ne changera rien à la réalité: Lui croit en toi. Alors, dans ce livre, ne te cabre pas. Joue le jeu: lis comme si effectivement II existait. Relève le pari: s'il existe, je ne Lui ferme pas la porte.
2 février de l'année Mariale 1988
Fête de Marie offrant au Père
son Enfant unique, Lumière des nations
dans le Temple de Jérusalem.
Depuis la parution de la première édition
C'est par milliers que j'ai reçu des lettres de jeunes, touchés par ces pages, et me confiant, avec une bouleversante confiance, une désarmante simplicité, leurs problèmes personnels, dans ce domaine. Dans tant de lettres l'incise: “C'est la première fois, que j'ose avouer ceci”, “Jamais encore je n'ai pu dire ceci.” “Tu es la première personne à qui j'en parle”6
Effrayante solitude des jeunes d'aujourd'hui! Si peu d'écoutants! Si peu d'accompagnateurs spirituels, encore moins de Pères ou de Mères spirituels. Une des pires carences de notre monde, de notre Église d'aujourd'hui. Les “psy” de toutes sortes sont au chômage, tellement il y en a. Les rarissimes qui ont le charisme d'une paternité, d'une maternité spirituelle sont débordés. C'est la queue à leurs portes. Ils n'arrivent pas à répondre à toutes les requêtes, à tous les SOS. C'est de médecins, d'infirmières spirituels dont nous avons le plus urgent besoin. Qu'ils nous soient donnés, d'ici le seuil décisif de l'an 2000, pour ne pas rater ce cap.
En la fête de Don Jean Bosco.
Anniversaire de la mort de Ghandi.